Contrefaçon contrefaite (suite): à qui profite le «grime»?

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Comme nous l’expliquions la semaine dernière, le rapport de l’INHESJ sur la contrefaçon a semé confusion et effroi dans le grand public. Impressionnée par les chiffres cités et le sérieux du document, la presse généraliste a, en toute bonne foi, logiquement tout mélangé et hypertrophié. Cette réalité grimée n’est peut-être pas si innocente…

Durant tout l’été, d’articles en articles, de sujets radio en sujets télé, le crédo anti-contrefaçon a martelé urbi et orbi l’inacceptable: la contrefaçon automobile a affiché une croissance de 6 614,4% en 2008 et 2009; elle s’est donc multipliée… 66 fois! Ces vrais-faux chiffres (voir «Contrefaçon: des chiffres français… contrefaits !») ont finalement fait d’un mythe, une réalité française qui s’est petit à petit insinuée dans les esprits (voir «Contrefaçon contrefaite : comment ça marche ?»).

Le spectaculaire constat a probablement produit son effet auprès de l’automobiliste français, dont la religion est sûrement faite: comment faire encore confiance à toutes ces pièces détachées qui ne sont pas adoubées par les très sérieux constructeurs ou leurs réseaux?

Contrefeu opportun…
Mais la cible prioritaire de cette campagne estivale est peut-être ailleurs. Nous sommes entrés dans des mois difficiles pour le monopole de la pièce de carrosserie cher aux constructeurs français. Un contre-feu médiatique est donc opportun, à l’heure où le thème de la pièce trop chère en France va se retrouver sous de redoutables projecteurs. Depuis juin dernier, l’Autorité de la Concurrence s’est attaquée à l’épineux dossier du prix des pièces et des prestations après-vente en France (voir nos articles sur le sujet); quelque temps avant, «UFC-Que choisir» avait stigmatisé des augmentations de prix de pièces de carrosserie de près de 400%.

Et ce n’est pas tout: en septembre, le parlement français va s’attaquer à un autre dossier, lui aussi porteur de risques. «L’observateur attentif n’aura pas manqué de remarquer que la publication de cette statistique « exogène » est intervenue à la veille de l’ouverture des débats du projet de loi de Frédéric Lefebvre sur la consommation et de la discussion concernant la suppression du monopole sur les pièces visibles», expliquait fin juillet la Feda, grande défenderesse de la libéralisation des pièces de carrosserie.

Le « Prix » de la sécurité?
Si dès lors, cette explosion sur-médiatisée de la contrefaçon –réelle au niveau mondial mais factice en ce qui concerne la France et l’Europe– pouvait par ricochet imposer ce thème comme un risque majeur et hautement prioritaire dans l’esprit des enquêteurs de ladite Autorité comme dans celui des députés et sénateurs, peut-être ces derniers jugeront-ils alors avec plus de mansuétude les incroyables augmentations de prix des pièces de carrosserie… Après tout, ne dit-on pas que la sécurité a un prix?

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