Contrefaçon de roulements : les distributeurs certifiés, ces sentinelles…

A l’occasion de la campagne mondiale de la World Bearing Association (WBA) intitulée “Halte aux roulements contrefaits”, Artema, syndicat des industriels de la mécatronique, et les principaux fabricants de roulements comme SKF, Schaeffler et NTN-SNR entendent s’appuyer sur les distributeurs certifiés de chacun d’entre eux pour jouer le rôle de vigies contre la contrefaçon et les former à l’identification des transactions et produits suspects.

Conference Artema contrefacon roulements

Artema et les équipementiers membres de la World Bearing Association (WBA) ont lancé la campagne « Halte aux roulements contrefaits ».

«Halte aux roulements contrefaits » ! Tel est le message transmis dans sa nouvelle campagne par la World Bearing Association (WBA), association mondiale créée en 2006 par les associations européenne, américaine et asiatique de fabricants de roulements. Au premier rang desquels les bien connus Schaeffler, SKF et NTN-SNR, prépondérants sur le marché du Vieux Continent et en France, notamment. Mais le roulement étant un produit hautement normalisé autour de ses dimensions et rien ne permettant de différencier un roulement de mêmes dimensions et de même capacité de charge fabriqué par Schaeffler, SKF, SNR ou un autre équipementier, la contrefaçon en devient d’autant plus facile.

En effet, s’il existe plusieurs voies d’accès à la protection du droit à la propriété intellectuelle, le brevet, le modèle et la marque, seule la troisième s’applique dans le cas des fabricants de roulements. Car ceux-ci sont standardisés depuis trop longtemps et les équipementiers ne peuvent justifier de propriété intellectuelle que sur leur marque. «Lorsqu’on lui commande un lot de roulements de telle dimension de marque SKF, le contrefacteur n’a qu’à lui coller une étiquette SKF et la fraude commence là», explique Nicolas Serre, directeur général de Transrol au sein de SKF Group. Sans la marque, synonyme de confiance et de qualité, point de contrefaçon dans le cas précis du roulement.

Difficile à déceler

La normalisation extrême à laquelle le roulement est soumis rend le produit d’autant plus falsifiable. «Le nombre d’usines de roulements est énorme, notamment en Chine et, dans une moindre mesure, en Inde, souligne Philippe Chevalier, directeur commercial de NTN-SNR pour les zones Europe du sud et centrale. Et souvent, ces usines, qui disposent de vrais moyens industriels mais négligent les conditions de travail, sont issues d’anciens partenaires des fabricants premium au sein de joint-ventures éphémères comme il en existait en Chine il y a quelques années et qui ont claqué la porte.»

Résultat : des roulements produits en très grande quantité et de qualité très variable, tantôt très bonne, tantôt très mauvaise, mais parfaitement semblable, en apparence, aux roulements des équipementiers membres de la WBA. Y compris pour les références les plus rares et spécialisées. «Nous-mêmes devons aller loin, parfois, pour déceler une contrefaçon, confirme Régis Walter, président de la commission économique d’Artema, syndicat des industriels de la mécatronique, et directeur commercial de Schaeffler France. Récemment nous avons dû couper en deux un roulement suspect et examiner la manière dont la piste a été rectifiée pour constater la fraude», ajoute-t-il.

Un plan en trois étapes

Puisqu’il est si compliqué de déceler les roulements contrefaits, la WBA et ses éminents membres insistent sur les bons réflexes à avoir lorsque l’on fait face à un fournisseur ou une livraison de roulements. C’est pour cette raison qu’un programme en trois étapes a été mis en place. La première correspond aux actions menées dans les pays “source” de contrefaçon, surtout la Chine, donc, «avec laquelle nous avons beaucoup travaillé à des actions législatives, juridiques et douanières», affirme Didier Sépulchre de Condé, ancien P-dg de NTN-SNR et aujourd’hui représentant d’Artema et de la FEBMA, l’Association européenne des fabricants de roulements.

Plus près de nous, la deuxième étape du programme n’est autre que le lancement de la campagne «Stopfakebearings», «Halte aux roulements contrefaits», avec force lettres et documents à destination des distributeurs agréés et certifiés des équipementiers premium. Enfin, la troisième étape n’est autre que l’élargissement de l’action anti-contrefaçon aux principaux pays consommateurs, avec une activité renforcée des filiales nationales des équipementiers de la WBA.

La chaîne d’approvisionnement en question

«Les contrefacteurs ont l’intelligence de ne pas brader leurs produits», reconnaît Nicolas Serre. En effet, bénéficiant du fort attrait des marques qu’ils ont apposées sur leurs palettes et colis de livraison, ceux-ci attirent le client en se positionnant à peine en-dessous des prix des fabricants. Et se permettent souvent le luxe de pouvoir fournir des références rares et précises quand l’équipementier lui-même ne le peut pas : un signe avant-coureur de contrefaçon selon les membres de la WBA. «Quand un distributeur affiche des disponibilités que même nos canaux certifiés ne peuvent promettre sur des produits rares et très spécifiques, les probabilités qu’il s’agisse d’une contrefaçon sont fortes», ajoute-t-il.

Il appartient donc à chaque distributeur de surveiller la chaîne d’approvisionnement. La superposition d’étiquettes, la différence des emballages avec les emballages standards de chaque marque, l’absence de facture et de documents de livraison pour chacune des étapes sont autant d’éléments que les distributeurs se doivent de contrôler, selon les membres de la WBA. Une plaquette a été élaborée pour les sensibiliser et envoyée à plus de 1 500 distributeurs certifiés, tous secteurs industriels confondus et pas seulement dans l’automobile.

A armes égales
saisie douanes copyright Skf

La dernière grosse saisie de roulements contrefaits a eu lieu en Italie en août dernier. Photo SKF.

«Mais, comme les pièces, les certificats de conformité peuvent aussi être contrefaits», reconnaît Stephan Buffler, responsable marketing chez Schaeffler France (marques INA et FAG). Mais si le distributeur final peut être certifié et doit s’assurer que celui auprès duquel il s’est fourni l’est aussi, les faux sont courants et peuvent porter à confusion. Ainsi, la provenance du produit doit servir d’indice fort, dans ce cas. «Les contrefacteurs passent régulièrement pas les marchés de Singapour ou de Hong Kong, là où il n’y a pas de production et seulement du transit», précise Nicolas Serre. Pour contourner le problème, l’équipementier allemand a attribué à chacun de ses distributeurs agréés un numéro d’identification et un QR Code personnalisé que ceux-ci doivent apposer sur les documents de livraison.

Plus généralement, les équipementiers de la WBA entendent donc fournir le maximum d’armes possible à leurs réseaux de distributeurs certifiés pour endiguer les cas de contrefaçon, estimés à entre 450 et 500 dans le monde selon SKF et Schaeffler, la dernière grosse saisie ayant eu lieu en Italie en août dernier. Un dossier sur la contrefaçon leur a été remis, le même que celui remis aux douanes, ainsi que la liste des distributeurs agréés par chacun des fabricants de roulements, déjà disponible sur les sites web de chacun d’entre eux. Au menu : des informations pour comprendre comment sont faites les étiquettes officielles de chaque marque, reconnaître leur packaging, etc. «Nous ne demandons pas à nos distributeurs de savoir reconnaître un roulement contrefait, mais simplement d’être attentifs à tout ce qui entoure le produit et sa livraison», insiste Nicolas Serre. Un rôle de vigie qui doit devenir un réflexe.

1 commentaire concernant “Contrefaçon de roulements : les distributeurs certifiés, ces sentinelles…”

  1. j’ai trouvé pire que des roulements.
    J’ai du réusiner la sortie d’un turbo d’Audi A4.
    Les deux gorges de centrage de la durite basse n’étaient pas assez profondes, et l’emplacement de l’agrafe de verrouillage a été élargie avec un bout de scie a métaux.
    La garantie pièce et MO à donc été explicitement supprimée sur la facture…

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À propos de l'auteur

Romain Thirion

Journaliste par vocation, diplômé du Centre de formation des journalistes (CFJ) de Paris en 2010, il fait ses armes dans la presse quotidienne régionale et nationale avant de s'orienter vers la presse automobile, d'abord grand public puis professionnelle.

Intéressé depuis tout petit par l'auto, il est spécialisé dans l'actualité du secteur de la réparation-collision et dans les réseaux de garages sous enseignes multimarques.

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