Etude Deloitte / IHS: l’incroyable indécence des chiffres équipementiers…

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En annonçant fièrement et sans nuance que les équipementiers ont généré 160 milliards de dollars de valorisation boursière sur la décennie 2002-2012 -dont 68 en Europe !- Deloitte prend le risque d’agacer les milliers de chômeurs automobiles des 10 dernières années. Et de rendre amusantes les négociations 2014 des dits équipementiers avec les groupements d’achats de toutes origines…

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Le célèbre cabinet Deloitte vient de publier les résultats d’une étude menée avec IHS Global Insight portant sur l’analyse des performances des équipementiers automobile sur la décennie 2002-2012. En décortiquant les performances d’un panel de 213 équipementiers américains, asiatiques et européens, Deloitte a dressé un tableau flatteur du secteur. Il souligne que les acteurs avaient « surperformé » leurs indices boursiers de référence. Car -ô surprise- le dit secteur a généré pas moins de 160 milliards de dollars de création de valeur pour l’actionnaire en dix ans… dont 68 en Europe ! Vous lisez bien. Dans le détail, l’analyse enfonce le clou : sur cette période 2002-2012 et par rapport à leur niveau initial, le premier tiers des équipementiers les plus performants a fait progresser de… 438% la valeur en cumulé pour l’actionnaire, pendant que les plus mauvais en détruisaient 18% !

Et le cabinet Deloitte de se proposer, à travers cette étude, d’identifier les leviers ayant permis aux «champions de l’équipement auto» de progresser plus vite que les objectifs qu’ils s’étaient assignés. Parmi eux, six «thèmes gagnants» selon les termes du cabinet : la gestion du portefeuille produit et l’innovation (deux leviers –fort logiquement– mentionnés comme étant des priorités par les chefs d’entreprise, car comptant à hauteur de 60% dans la création de valeur) arrivent en tête, suivis de la diversification, le lean management (alignement de la capacité de production sur la demande), la maîtrise des coûts et la rentabilité des actifs, et enfin la structuration du capital.

Indécent oubli humain
Ni révolution ni scoop quant à ces leviers de performance ; restent cependant les chiffres qui, eux, donnent le vertige eu égard au contexte économique et social actuel… On peut dès lors s’interroger sur la bienséance, à tout le moins sur le sens du timing, qu’inspire la diffusion de telles informations. Il faut certes également relativiser ces chiffres dans la mesure où l’on parle de capitalisation boursière et non pas de profits. Non pas qu’il faille cacher les vrais chiffres ni les vraies infos. Et c’en est sûrement une ! Mais il n’en reste pas moins que la forme compte parfois au moins autant que le(s) fond(s). Et la bonne forme, Deloitte ne l’a pas trouvée et son agence de communication n’a pas su lui conseiller : telle que rédigée et « vantée », cette étude est juste indécente en ce qu’elle ne semble même pas considérer la pudeur qu’impose les contrepoints humains inévitablement sacrifiés à ces transcendantes performances boursières…

Dans l’absolu, on ne peut pas reprocher à Deloitte de vouloir restaurer l’attractivité du secteur équipementier auprès d’investisseurs refroidis par les contre-performances du secteur automobile. Mais le cabinet aurait au moins pu trouver un angle donnant moins violemment envie de mettre ses chiffres en perspective de la carte des emplois perdus dans le domaine de l’industrie automobile sur le territoire national. Cette carte, elle était publiée en mars dernier par notre confrère l’Argus (voir «La carte qui fait mal à l’emploi»). On imagine aisément le goût amer que le ton vainqueur et cynique des analystes de Deloitte peut générer chez ceux qui vont du coup s’estimer un peu plus victimes des fameux « licenciements boursiers »… Et ils sont potentiellement nombreux : toujours selon notre confrère qui avait interrogé Arnaud de David-Beauregard, vice-président de la FIEV, la France aurait vu les effectifs des équipementiers automobile passer de 124 000 en 2002 à 83 000 en 2012. Une baisse qui en outre s’est amplifiée, le vice-président de la FIEV allant jusqu’à souligner que les effectifs se sont contractés de quelque 24% durant les seules années 2009 à 2012 !

Transmis en tout cas aux multiples services achats des groupements de distribution, centres auto, constructeurs, etc. qui seront sûrement prompts à convoquer cette étude aux tables des négociations qui traitent actuellement des conditions d’achat 2014 avec lesdits équipementiers. Merci, Deloitte : les fournisseurs reconnaissants…

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