Entrées-atelier : une embellie? Quelle embellie?

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L’embellie actuelle des entrées-atelier est en fait toute relative : en volume, elles ne sont revenues ces deux dernières années qu’à leur niveau de 2001. Et depuis 10 ans, elles n’ont été tirées que par la hausse en valeur des pièces et de la main d’œuvre. L’embellie 2016-2017 est-elle durable ? Rien de moins sûr, à en croire l’intéressante analyse de Bernard Jullien(*)

A partir d'une base 100 en 1997, voilà l'évolution comparée de l'après-vente en volume (courbe rouge) et en valeur sur 20 ans (en orange, le prix de la main d’œuvre; en bleu, celui des pièces). En gris, l'évolution cumulée de toutes les dépenses liées à l'auto (achats VN, VO, après-vente, carburants, assurance, etc.). Assez nettement, on voit comment, depuis 10 ans, l'augmentation de la valeur masque la très -trop?- récente augmentation de l'après-vente en volume... (cliquez sur le graphique pour l'agrandir)

A partir d’une base 100 en 1997, voilà l’évolution comparée de l’après-vente en volume (courbe rouge) et en valeur sur 20 ans (en orange, le prix de la main d’œuvre; en bleu, celui des pièces). En gris, l’évolution cumulée de toutes les dépenses liées à l’auto (achats VN, VO, après-vente, carburants, assurance, etc.). Assez nettement, on voit comment, depuis 10 ans, l’augmentation de la valeur masque la très -trop?- récente augmentation de l’après-vente en volume… (cliquez sur le graphique pour l’agrandir)

Bernard Jullien

Bernard Jullien

Si l’on veut bien comprendre l’après-vente et son évolution, il faut semble-t-il la regarder simultanément sous ses deux dimensions : ses volumes et sa valeur. Au risque sinon de se tromper d’analyse en croyant un peu vite que tout va pour le mieux dans le petit monde de l’après-vente. C’est la morale de la très intéressante démonstration que faisait Bernard Jullien(*) lors du Symposium de l’après-vente organisé le 22 novembre dernier par AutoActu et co-animé par nous.

Le graphique ci-dessus compare les évolutions-clés qui servent de fondement à l’analyse de Bernard Jullien. Il s’appuie sur les chiffres de la comptabilité nationale qui a selon lui deux vertus : «Elle offre des séries longues (sur 20 ans en l’occurrence) et elle détaille les dépenses des ménage de telle façon qu’elle permet de les différencier en volumes et en valeurs, souligne-t-il ; En outre, elle permet d’identifier la part de la pièce et celle de la main d’œuvre dans les dépenses d’entretien-réparation».

Les fragiles volumes d’entrées-atelier

Deux constats préalables : avec une évidente constance, le prix des pièces (courbe bleue) et celui de la main d’œuvre (courbe orange) progressent allègement depuis 20 ans. Certes, la courbe de la main d’œuvre semble tout particulièrement s’être envolée jusqu’à presque doubler en deux décennies. Mais on connaît aussi la limite de l’Insee et de SRA en la matière. Nous l’avions identifié en 2013 en constatant qu’à ne prendre en compte que les tarifs officiels des carrossiers et non pas ceux négociés par les assureurs -et en oubliant aussi l’effet modérateur des forfaits très prisés des constructeurs-, l’INSEE et SRA concourent involontairement à hypertrophier les hausses des taux horaires (voir «Taux horaire de M.O. carrosserie : comment la “vraie-fausse” augmentation annuelle menace tous les pros»).

En revanche, la courbe de l’activité de l’après-vente en volumes (en rouge) est, elle, bien moins impressionnante et bien plus instructive. Car elle est totalement décorrélé des tendances prix des pièces et main d’œuvre. Durant la pourtant sereine période 1997-2007, la courbe était déjà bien plus sage, confirmant que l’essentiel de la croissance de l’après-vente était déjà tirée par la hausse des valeurs. Et depuis 2009, le volume des prestations atelier s’est proprement effondré, ne trouvant un regain d’activité que ces deux dernières années.

Des entrées-atelier au niveau… de 2001 !

Issu des chiffres de Bernard Jullien, ce graphique montre en fait combien la crise financière de 2008 a eu un durable effet dévastateur sur le nombre d’entrées-atelier. On découvre que ces dernières n’ont cessé de reculer de 2008 à 2015 ; et même si elles se sont réinscrites à la hausse depuis 2016, elles sont loin de rejoindre leur point culminant de 2007. Pire : les entrées-atelier ont même tutoyé le fond durant les années 2012-2015, en frôlant le retour à la base 100 de 1997.

Le constat est donc clair : si l’après-vente a fait mine de progresser ces 10 dernières années, c’est exclusivement par la compensation haussière en valeur des pièces et main d’œuvre. Et en fait, le recul lié à la crise financière n’est pas encore compensé, loin s’en faut : «La crise de 2009 a clairement cassé la croissance de l’après-vente, constate Bernard Jullien, qui souligne que, depuis, le vieillissement du parc ne va plus de pair avec une augmentation en volume des entrées-atelier. «2017 retrouve seulement le niveau des volumes de 2001 et reste encore en retrait de 2 milliards d’euros sur 2007», calcule-t-il…

Des entrées-atelier bien trop arbitables

L’embellie de la croissance n’est donc que relative, conclut en substance Bernard Jullien. Peut-elle au moins encore durer ? Même pas sûr, à la lumière de la très paresseuse courbe grise du graphique qui cumule les hausses en valeurs de tous les postes automobiles confondus (VN, VO, carburants, assurances, péages, parkings, etc. etc.). Cette courbe-là stagne peu ou prou depuis 2013. Quand aux vertigineuses progressions de la valeur des pièces et de la main d’œuvre, elles ont peut-être déjà exploité tout leur potentiel.

Bernard jullien n’est en fait guère optimiste. L’avenir des entrées-atelier s’annonce pour le moins incertain. Selon lui, la fragile embellie des entrées-atelier est menacée par les augmentations de carburant ou la dédiélisation du parc et son cortège d’entrées-atelier potentiellement effacées,tout particulièrement en réparations. Sans compter que les besoins de mobilité automobile sont essentiellement ruraux et péri-urbains, chez ceux qui souffrent prioritairement d’une baisse de leur pouvoir d’achat.

Un contexte délétère dans lequel Bernard Jullien prévient, expérience de la dernière crise financière à l’appui : s’il est un budget automobile particulièrement arbitable dans les moments difficiles, c’est bien celui de l’entretien-réparation. Et ce ne sont pas les gilets jaunes qui le démentiront…

 

(*)Bernard Jullien est Maître de Conférence à l’Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire « Distribution & Services Automobiles » du Groupe Essca.

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