Le contrôle technique, ou l’impossible équation Bobo-écolo/bobos sociaux…

Et voilà donc les tant attendus résultats officiels du contrôle technique de l’année 2018. Une année folle où la dimension politique de l’état du parc roulant a éclipsé le rôle strictement sécuritaire et environnemental de la législation. Les contre-visites ne se sont certes pas vraiment emballées. Mais cette modération, déjà difficile à interpréter, exclut surtout l’éventuel effet du contrôle anti-pollution renforcé, toujours politiquement suspendu à l’assagissement des gilets jaunes…

En 2018, en matière de fréquentation des centres de contrôle, il y a eu un sacré avant et un triste après 20 mai 2018, date charnière à laquelle démarrait la règlementation plus contraignante (source: Utac-OTC, VL seulement)...

En 2018, en matière de fréquentation des centres de contrôle, il y a eu un sacré avant et un triste après 20 mai 2018, date charnière à laquelle démarrait la règlementation plus contraignante (source: Utac-OTC, VL seulement)…

Début 2018, un rush insensé d’automobilistes inquiets saturait les 6 372 centres de contrôle français. C’est ce que vient de confirmer et précisément chiffrer l’Utac-OTC. Les deux rapports VL/VUL et PL sont intégralement téléchargeables ici pour ceux qui veulent entrer dans le détail. Ce n’est pas l’augmentation du nombre de contrôles qui embourbait les pistes des professionnels. Avec 25 466 916 passages en 2018 (20 700 036 contrôles initiaux et 3 189 130 contre-visites VP pour 1 567 862 + 9 888 en VUL), la progression n’a été que de 0,41% par rapport à 2017.

L’anxiogène effet-loupe

Comme le montre pourtant le graphique ci-dessus, la vague grossissait dès mars. Mais sous le seul effet-loupe de médias prédisant une apocalypse de contre-visites après le 20 mai dernier, date d’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation durcie. La fréquentation a ainsi bondi de +25% sur les quatre premiers mois, quantifie l’Utac-OTC. Jusqu’à culminer à +61% en avril ! Puis le flot s’est retiré de juin à décembre…

Saura-t-on jamais si cette grande peur réglementaire ne pré-enflammait pas déjà la France profonde des véhicules anciens en général, des véhicules diesel anciens en particulier ? Les gilets jaunes, entrés en révolte en novembre contre la taxation verte du diesel et déjà échaudés par les 80 km/h, n’étaient-ils pas aussi passablement excédés d’avoir ainsi dû mendier des rendez-vous en urgence, de crainte de se découvrir brutalement possesseurs de véhicules « contrôle-techniquement » privés du droit de rouler sans de coûteuses remises en état ?

Statistiques : l’avant et l’après 20 mai…

A posteriori, il faut bien reconnaître que les chiffres 2018 donnent en partie raison à cette meute d’automobilistes prévoyants, particuliers comme professionnels. Jusqu’au 19 mai, le taux de contre-visites de VP+VUL a été contenu à 17,36% (18,56% en 2017). Mais entre le 20 mai et le 31 décembre, 21,51% de contre-visites ont été enregistrés (20,24% de défaillances majeures et 1,27% de ces défaillances critiques tant redoutées). Soit un bond de 23,9% entre les deux périodes.

En VP seulement, le taux de contre-visites s’établit à 18,99% pour 2018, presque étal par rapport aux 18,56% de 2017. Mais il y a un avant et un après. Les sages 17,05% jusqu’au 19 mai montent ensuite à 20,92% (19,74% de défaillances majeures + 1,18% de défaillances critiques). Soit une progression de +22,7%.

Pour les VUL, le taux de contre-visites annuel a été de 22,22% sur toute l’année (21,30% en 2017). Mais en 2018, on partait d’une bien plus satisfaisante moyenne de 19,24% avant le 20 mai pour la voir bondir après à 25,35% (23,45% de défaillances majeures + 1,90% de défaillances critiques). Soit cette fois +31,76% de contre-visites !

Anticipation correctrice ?

Et c’est peut-être un minimum. On ne connaîtra bien sûr jamais la proportion de véhicules menacés par la nouvelle législation qui s’en sont ainsi affranchis en se faisant contrôler avant le 20 mai. Mais on peut légitimement se demander si ce phénomène massif d’anticipation n’a pas toutefois contenu, en partie au moins, le surcroît annoncé de contre-visites…

Quoi qu’il en soit, les chiffres sont les chiffres. Le CNPA vient donc noter à raison dans un communiqué que l’enfer des contre-visites ne s’est finalement pas ouvert sous les roues des automobilistes. «le bilan d’activité des centres de contrôle technique VL pour l’année 2018 [a] fait mentir toutes les spéculations diffusées avant la réforme de la réglementation intervenue le 20 mai dernier», s’est-il ainsi félicité.

Le pire encore à venir ?

Fort de cette dérive avortée, l’organisation professionnelle s’emploie dès lors à rappeler le marché à une élémentaire lucidité. «Il n’est pas étonnant qu’une réforme qui vise à améliorer la sécurité routière et la protection de l’environnement entraîne une hausse du taux de contre-visites», professe ainsi le CNPA. Il est vrai qu’on ne peut pas non plus vouloir le beurre d’une sécurité accrue sans devoir faire aussi celui des ateliers de réparation. Pour en avoir confirmation, Il suffit d’ailleurs d’écouter équipementiers et distributeurs se souvenir avec nostalgie comme ils travaillaient finalement bien en ce début 2018…

Rompez, vous pouvez rouler tranquille ? Pas si sûr. L’effet pervers de la protection de l’environnement “made in contrôle technique” reste encore à venir. Centrifugée par le jaune emballement des ronds-points, sa deuxième tranche initialement prévue le 1er janvier dernier -le durcissement anti-pollution- a été prudemment reportée de 6 mois en décembre dernier. Cette réglementation reste toujours susceptible de revenir mi-2019 empuantir l’atmosphère politique. Et du même coup, polluer ces belles statistiques presque rassurantes.

Contrôle anti-pollution ou pas ?

Car à en croire les réseaux de contrôle technique comme de réparateurs, on attend toujours de ce contrôle anti-pollution renforcé quelque +30% de contre-visites en la matière pour +2 millions d’entrées-atelier en année pleine. Eco-entretien et autre Eco-révision restent fébrilement dans les starting-blocks.

Mais aussi droit dans ses bottes se veuille-t-il, le gouvernement remettra-t-il facilement le pied dans ce bourbier de la voiture populaire ? Il ne réussit déjà pas à s’en extraire, même à coup de grand débat et au prix de dizaines de milliards de baisses d’impôts. La conférence de presse d’Emmanuel Macron a d’ailleurs prudemment éludé le sujet. Et personne n’oublie que les diesels polluants visés sont principalement ceux qui sillonnent nos belles provinces. Avec des conducteurs qu’on a largement convertis à l’économique et vertueux gazole avant de vouloir venir les surtaxer pour purifier l’atmosphère de grandes villes qu’ils ne fréquentent guère.

Pour schématiser, il reste donc à trouver le bon contrôle technique tenant compte des Bobos-écolos à vélo sans venir surinfecter les bobos sociaux. Car à l’évidence, sur le sujet de la liberté automobile d’aller et venir sans trop de contraintes budgétaires, nos concitoyens ruraux et péri-urbains demeurent encore très inflammables…

1 commentaire concernant “Le contrôle technique, ou l’impossible équation Bobo-écolo/bobos sociaux…”

  1. Écrire que le contrôle technique a un but de sécurité et de respect de l’environnement est une ineptie. Il a été instauré par pur lobbying face à la fermeture en cascade des garages d’automobiles au moment où les constructeurs proposaient des véhicules plus sûrs et moins polluants.
    De la sécurité ? En aucun cas : contrôle technique sans démontage qui permet de circuler avec un véhicule freins usés mais qui sur le banc donne un résultat positif et j’en passe.
    De l’écologie ? Je me marre. Le CT des véhicules GPL, carburant qui permet de réduire les émissions de gaz polluants et la mise à zéro des particules se fait moteur tournant à l’essence alors sur le système GPL fonctionne de manière totalement indépendante et avec ses propres réglages, cherchez l’erreur. Et sur ces mêmes véhicules les contrôleurs sont incapables d’appliquer la législation en vigueur et laissent passer des véhicules dont les épreuves de réservoir sont périmées.

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À propos de l'auteur

Jean-Marc Pierret

Editeur du magazine Après-Vente Auto et de son site Apres-vente-auto.com, Jean-Marc Pierret suit depuis 30 ans l'actualité stratégique du secteur de l'après-vente automobile.
Il se passionne tout particulièrement pour les mutations qui traversent et transforment le paysage de l'entretien et de la réparation automobiles.
Avec Stéphane Freitas, il co-dirige Pertineo Group qui détient les sociétés Publi Expert Gestion (Après-Vente Auto et Après-vente-auto.com), AM-Today (Am-today.com) et l'agence de communication Action Media.

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