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Confinement et après-vente : les enseignements italiens

On sait l’Italie en avance d’une semaine sur nous en matière d’impact de confinement sur l’après-vente. Nous avons donc joint Marc Aguettaz, directeur de GiPA Italie, pour sentir la température du marché italien et la façon dont son après-vente subit l’événement. Guère rassurant…

Marc Aguettaz, directeur de GiPA Italie.

Marc Aguettaz, directeur de GiPA Italie.

Avec son coup d’arrêt du confinement le 8 mars dernier, l’Italie affiche une semaine d’avance sur nous. Et du coup, son après-vente aussi. Guère de surprise positive à attendre : si nos voisins ont effectivement maintenu leurs activités de mobilité essentielles, ils ont vécu la même dégringolade qu’enregistre les ateliers français.

Vers un avril à -90% au moins en VP, -50% en VI

«L’après-vente italienne avait vécu deux bons premiers mois 2020, en tout cas comparés à ceux de 2019. Quand le confinement est arrivé, l’inertie de la tendance a pu perdurer quelques jours», souligne Marc Aguettaz, directeur de GiPA Italie. Selon le baromètre animé par la société d’étude, le troisième mois de l’année ne finira donc “qu’à” environ -60%. Mais la tendance, elle, est évidemment bien plus désastreuse : le patron de GiPA Italie prédit une activité en avril à au moins -90%, voire jusqu’à -99%, d’autant que le confinement, de l’autre côté des Alpes aussi, s’annonce de plus en plus long.

On parle bien sûr de l’activité VP et VUL. «L’activité poids lourd, liée aux nécessités de transport qui se maintiennent vaille que vaille, finira mars à environ -50%», estime-t-il. Mais le transport est tout de même confronté à la même problématique qu’en France. Pas facile de trouver des chauffeurs et plus largement des salariés acceptant de s’exposer ainsi aux risques de contamination…

20% de réparateurs encore ouverts au mieux

Même pénurie endémique en pièces. Si les grands distributeurs nationaux et régionaux restent ouverts, la disponibilité de pièces en locale est erratique. Et comme en France, les réparateurs italiens sont entrés en mode survie.

«Selon notre enquête du 13 mars, 30% des 50 000 ateliers italiens pensaient encore rester ouverts. Mais 15 jours plus tard, ils ne sont plus que 20% seulement», égraine-t-il. Et encore faut-il faire le même distinguo qu’en France. La moitié seulement de ces 20% tentent de rester ouvert au sens classique du terme. L’autre moitié ne peut qu’être disponible pour les urgences seulement. Et la tendance n’est pas nécessairement au maintien de ce pourtant très bas chiffre…

Autre information peu encourageante pour l’avenir français immédiat : «l’activité avec les particuliers est quasi-inexistante», explique Marc Aguettaz. Il a les mêmes remontées qu’ici : les forces de l’ordre transalpines ne sont guère conciliantes quand un particulier veut faire faire une prestation, fut-elle nécessaire à la bonne mobilité d’un salarié essentiel au fonctionnement du pays. «Le peu qui est réalisé concerne essentiellement des professionnels ayant besoin de se déplacer», résume M. Aguettaz…

Petits réparateurs à l’agonie

Dans cette ambiance de grand effondrement, «les petits réparateurs sont à l’agonie. Beaucoup ne glanent que quelques euros chaque jour», déplore-t-il. Et dans un pays où ces petites structures après-vente sont souvent sous-capitalisées, alors que 60 à 75% des coûts d’un atelier sont des coûts fixes, l’avenir est sombre s’il doit durer pour de nombreuses entreprises. Si l’Italie sort du confinement fin avril au plus tard, «20% du CA annuel aura déjà été purement et simplement effacé».

Quelques grammes d’optimisme dans ce monde brutal ? «Le seul avantage qu’a l’après-vente sur par exemple le tourisme, c’est que les prestations sont nécessairement reportées», rappelle-t-il. Ces reports se mettront au service de la relance du secteur quand la vague virale sera passée. Si elle devait l’être fin avril, il prédit un rebond : le mois de mai pourrait regonfler jusqu’à 50% de l’activité du même mois 2019. Mais si mai devait aussi être impacté par le confinement, il prédit une hécatombe de réparateurs. «Si l’on voit l’entreprise comme un jeu d’échec, la Reine est sa trésorerie», philosophe-t-il…

Dernier détail italien inaudible actuellement mais qui pourrait avoir son importance quand le monde reprendra son activité : les particules fines, même en l’absence de circulation automobile, continuent à rester dans des seuils médiocres en grandes villes. Et comme on constatait la semaine dernière la même “surprenante” persistance en région parisienne et notamment dans un Paris enfin débarrassé de ses voitures comme n’en rêvait même pas madame Hidalgo, espérons que l’automobile aura prouvé, par son triste défaut pandémique, que son statut de bouc émissaire tient de l’arbre qui cache la forêt, plus que de la forêt qui étouffe l’arbre…

Sur l’Italie, voire aussi : « L’expérience italienne de Guy-Olivier Ducamp, directeur Europe de l’Ouest de Point S et managing director Italie»

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