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Les troublants mystères statistiques du contrôle technique

Des taux de conformité du parc étonnamment hauts, des taux de défaillances incroyablement bas et ce, dans des départements pourtant peu réputés en matière de pouvoir d’achat et d’entretien de parc roulant. Les statistiques officielles du contrôle technique français recèlent quelques aberrations qui, aussi surprenantes et évidentes soient-elles, ne semblent pas susciter de réaction des pouvoirs publics ou des têtes de réseaux de contrôle technique…

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Les deux tableaux ci-dessus et ci-dessous suffisent à un premier voyage initiatique dans les paradis départementaux où le climat est propice aux parcs mal entretenus. Pour le comprendre, suivez le code couleur : en rouge, les chiffres qui suscitent l’étonnement ; en vert, ceux qui semblent plus près de la réalité socio-économique.

N’importe qui peut d’ailleurs s’essayer à l’exercice, puisque ces chiffres sortent des très officielles statistiques de l’Utac-OTC de 2019 qui recense, chaque année, les taux de défaillances majeures et maintenant critiques par départements. Un coup de tableur Excel suffit pour comparer chaque chiffre à la moyenne nationale.

En prenant quelques départements symptomatiques, force est de le constater : il y a quelques endroits, dans notre belle République, où il fait bon passer son contrôle technique et ce, qu’il s’agisse de voitures particulières ou de véhicules utilitaires légers.

Corse et Seine-Saint-Denis, paradis automobiles

Bienvenue en Corse par exemple, où visiblement, le parc VP (véhicules de particuliers) est merveilleusement suivi du Nord au Sud de l’île de Beauté. Non seulement le taux de conformité est 5 points supérieur à la moyenne nationale, mais le taux de défaillances critiques y est 50% inférieur au reste de la France. Et en matière de VUL (véhicules utilitaires légers), mieux vaut cette fois grimper en Haute-Corse. La conformité y est 6 points supérieure à la moyenne et le taux de défaillances critiques, inférieur de 57% !

Partons maintenant en Seine-Saint-Denis, où le taux de pauvreté atteint 26,9% quand il n’est “que” de 14,3% pour la France métropolitaine. Dans ce département réputé économiquement et socialement sinistré, le peu d’argent disponible passe visiblement dans l’automobile. Là-bas, le taux de conformité atteint 87,74% quand il plafonne à 81,44% à Paris et à 83,43% dans les Hauts-de-Seine, autre département où la vétusté du parc roulant ne nous semblait pourtant pas criante.

Dans le “9-3” en effet, on bichonne sacrément son auto et on ne badine pas avec l’obligation réglementaire. Le taux de défaillances VP toutes catégories est 42,17% sous la moyenne nationale, et celui concernant les défaillances critiques frôle les -49% ! Et que dire des VUL de ce département : il y sont conformes à 88,11% (presque 10 points de mieux que la moyenne nationale) et les défaillances critiques s’effondrent à -52,11%…

Mais qui fera la police ?

Pour que comparaison soit raison, nous sommes aussi passés par Mayotte, la Guadeloupe et la Guyane dont les parcs roulants sont notoirement défaillants. Cette fois, les logiquement faibles taux de conformité semblent bien plus en phase avec les pourcentages de défaillances constatés. Mayotte jouit toutefois d’une surprenante particularité locale : alors que le taux de conformité du parc est le plus bas de France (61,33% en VP et 56,86% en VUL), le taux de défaillances critiques semble assez miraculeusement faible en VP (-11,36%) comme en VUL (+2,11% seulement).

Et encore ne s’agit-il là que de moyennes départementales. L’Utac-OTC bénéficiant, centre de contrôle par centre de contrôle, des remontées quotidiennes, il devrait lui être assez facile d’identifier en temps réel ces ilots de sécurité routière où il fait bon rouler puisque le parc doit y être quasi-parfait. Si les statistiques sont aussi évidentes au niveau départemental, elles doivent être encore plus criantes pour chaque centre de contrôle concerné…

Notre question, vous l’aurez comprise : veut-on seulement soulever le problème et donc le traiter ? Ces aberrations statistiques se voyant, depuis longtemps d’ailleurs, comme un VO de 20 ans d’âge au milieu d’un pimpant parc VN, comment diable sont-elles encore possibles ? Et surtout, sans que ni les pouvoirs publics, ni les réseaux de contrôle qui accueillent sous leurs bannières tout de même 5 000 des 6 000 centres français, ne semblent s’en émouvoir.

Il est donc temps que les uns comme les autres se penchent sur les raisons probablement évidentes de ces étranges disparités régionales. Tôt ou tard sinon, comme cela s’est produit en Belgique, tout le secteur devra faire une douloureuse et pénalisante révolution pour quelques excès locaux seulement.

Il y a bien sûr une autre explication possible : la non-fiabilité des statistiques de l’Utac-OTC. Mais nous avons la faiblesse de penser que, dans ce cas-là, le problème aurait déjà été réglé…

Nous reviendrons bien sûr sur ce surprenant dossier. Et comme d’habitude, nous vous tiendrons au courant…

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20 commentaires concernant “Les troublants mystères statistiques du contrôle technique”

  1. Je suis 100 % d’accord avec Pierre.
    Effectivement le débat n’est pas d’opposer idéologiquement le privé et le public, il s’agit d’une polémique obsolète et contre productive, je pense qu’il faut avant tout être lucide et pragmatique.
    En effet, l’État est totalement à bout de souffle, il n’arrive même plus à gérer l’indispensable ni même à entretenir l’existant (exemples : pas de masque pour le Covid, état déplorable des équipements publics, notamment les ouvrages d’art et pour le coup, les véhicules des forces de l’ordre dont certains ne passent plus au contrôle technique, la justice n’a plus les moyens d’appliquer les condamnations de tous les délinquants, etc..)
    Dans ces conditions, comment voulez-vous que l’État, qui n’est même plus capable de sanctionner simplement les contrôleurs techniques négligents ou fraudeurs (alors que ceux-ci sont parfaitement identifiables par la statistique) puisse développer et prendre à sa charge la mise en œuvre de tous les contrôles, sachant qu’un fonctionnaire coûte en moyenne 1.7 fois plus cher que le produit effectif d’un emploi équivalent dans le privé ?

  2. Avatar Jean-claude GILLET / 27 juillet 2020 á 6 h 56 min / Répondre

    Merci d’avoir commencé à soulever les incohérences par région ou départements mais il serait judicieux et pertinent de publier les statistiques de l’ensemble des départements et vous allez constater des écarts aussi importants qui sont incompréhensibles techniquement. Ceci a pour cause la différence de traitement des contrôles DREAL! Ce métier est encore jeune et l’approche de l’administration pour contrôler les centres de contrôle est archaïque sur une opération ponctuelle plus ou moins aléatoire du genre contrôle routier!
    Or si l’administration se donnait les moyens de décoreller les statistiques des centres de contrôle en fonction des marques et anciennetés les contrôles DREAL seraient beaucoup plus pertinent que l’opération ponctuelle inopinée qui devrait être réalisée en complément de l’analyse statistiques.
    Il faut bien reconnaître également que l’animation des réseaux est déficiente à ce niveau . La statistiques moyenne France des contre visites devraient être certainement plus proche de 30% que de 20% .
    Il est temps que ce métier très important se professionnalise et commence à devenir plus mature

    • Depuis 1992,ça commence à sortir de la jeunesse je trouve. Je suis moi même contrôleur et quand je vois et/ou entends ce qui se passe… Les dreal ne font pas le taf, par faute de moyens/volonté je pense. Il est clair que le « nouveau » CT comporte des incohérences, en bien et en mal aussi.

      Bonne journée et stay safe

  3. C’est pas les centres qui sont pourris, c’est le contrôle en lui-même. Une contre-visite pour une option qui ne sert à rien, une contre-visite pour des défauts qui étaient mineurs avec l’ancien ctl tech, qui deviennent bizarrement des défauts critiques avec le nouveau on se demande ce que recherchent nos chers technocrates à Bruxelles, qui n’ont été élus par personne pour couronner le tout !!!…
    Après avec une technocratie aussi débile, il ne faut pas être étonné qu’il y ait des margoulins qui apparaissent.

  4. Très bon article. Merci d’ouvrir les yeux à certains afin d’arrêter cette concurrence sur la qualité du travail et les défauts saisis.

  5. Personnellement j’ai déjà fait passer des dizaines de voitures dans différents centres, des franchisés, des petits patrons et même à l’automobile club de France et on m’a souvent proposé des petits arrangements moyennant un petit billet de main à main. Pourtant je n’habite dans aucune des régions notées sur votre information, je n’ose même pas imaginer ce qui se passe alors dans ces départements !!!

  6. De la flûte le ct j’ai acheté une voiture il y a 3 semaines et bingo au moment de faire la vidange le berceau entièrement rongé par la rouille et bien sur non signalé au ct personne ne veut rien entendre que puis je faire cordialement

  7. En tant que professionnel de la réparation je vois assez régulièrement des véhicules sortant du CT avec des défaillances. Parfois les défaillances sont justifiés parfois elles ne le sont pas ! La dernière fois j’ai vu un véhicule avec « usure irrégulière » les pneus étaient LISSES à l’intérieur comme à l’extérieur mais pas sanctionné d’une contre visite.. Vous passez votre CT dans le même centre vous avez déjà CT différents.. Il est la le problème. De plus comme dit plus haut si le c’était était géré par l’état avec des fonctionnaires assermentés il n y aurais plus de dérives… Mais c’est la volonté de l’union européenne de privatiser le maximum au profit des entreprises.

    • Vous savez, en tant que contrôleur, on subit une pression de beaucoup de professionnels qui ne comprennent pas la réglementation ou qui ne veulent pas la comprendre. Qui confonde les pièces.
      Ou comme une fois, qui font un bilan système de freinage et qui disent tt vas bien au client et au ct: 2 flexibles coupés donc CV…
      Les professionnels sont les premier à dire ça tu marques pas j’ai commandé; ou ça, ou ça…
      Attention tt les pros ne sont pas pareils.

  8. Effectivement certains centres ne sont là que pour faire du chiffre…Je paie chaque jour ma sévérité et mon objectivité…Moi c’est 40 minutes de contrôle et j’en fait 10 par jour environ.

    • Bravo. Je suis pareil et certains aiment mon sérieux et mon travail bien fait.
      Avec pression des pneus (en option dans de nombreux centres).
      D’autres non, Car je marque ce qui ne va pas plutôt que de faire mon contrôle les yeux fermés.

  9. Perso.
    J’ai changé de centre de contrôle technique.
    J’avais l’habitude d’aller dans une grosse franchise, malgré des frais importants sur le véhicule. Il y avait toujours des trucs qui n’allaient pas. J’ai changé de crèmerie, je paye plus cher, mais je trouve le gars plus souple et plus honnête.

  10. Pourriez-vous également, grâce à la même source d’information (UTAC OTC), signaler que rien que sur l’année 2019, 650000 véhicules qui devaient se présenter pour effectuer un contrôle ne sont pas venus.

    Je vous laisse en tirer les conclusions, au moins aussi inquiétantes, que celle que vous laissez entrevoir.

    Les pouvoirs publics ne pourraient-ils pas réagir ?
    Sécurité avant tout !

  11. Mais peut-être que ce qui l’agace est que vous restez « mi-figue, mi-raisin » et que vous croyez dénoncer quelque chose mais vous le faites d’une manière si timorée que cela ressemble à l’attaque d’un labrador… vous attaquez la tête baissée en prenant bien soin que ce ne doit pas trop direct. En réalité, comme toute critique qui ne veut pas prendre trop de risques quand même, vous ne servez à rien. Quand on ne peut faire qu’aboyer, il est préférable de se taire complètement parce qu’on agace tout le monde pour rien…

    • Bien… Puisqu’il faut être clair, soyons-le.

      Nous sommes un organe de presse professionnelle, au service des professionnels. Notre job est donc de les sensibiliser, pas de les accuser, surtout quand des excès locaux n’engagent évidemment pas l’ensemble d’une profession et encore moins l’ensemble des entreprises qui la compose, loin s’en faut.

      Nous laissons donc les généralisations aux généralistes, les accusations aux accusateurs et les reproches aux simplificateurs. Aux instances professionnelles en revanche de réfléchir à la meilleure façon de traiter le problème pour éviter une crise dont, tôt ou tard sinon, personne ne pourra plus faire la nécessaire économie…

  12. Peut être que dans ces départements les gens sont plus débrouillards et qu’ils font eux-mêmes l’entretien de leur véhicule, je fais 35000km/an, je fais l’entretien de ma voiture, elle a 349000kms (2006), fonctionne normalement, je viens de la passer au contrôle technique (31), le CT est vierge. Vous avez parlé de statistiques?

  13. Quel article incomplet. Ayez le courage d’aller au bout des chose mais pour cela il faudra sortir du bureau. J’ai toujours affirmé que le CT ne sert à rien en France, j’en ai fait 3 fois l’expérience en passant un véhicule au châssis soudé d’une plaque d’acier, un avec des suspensions fatiguées que je me suis empressé de changer et enfin un échappement percé, cette fois la il était inscrit : usure des freins alors que ceux-ci venaient d’être contrôlés et bons pour 40000 km au moins.
    En Belgique ou en Suisse ce n’est pas la même chose. Forcément : au plat pays, le CT est effectué par un seul organisme contrôlé par l’État sous compétence des 3 régions, il y a peu de centres (environ 80), il n’y a eu qu’un seul cas de fraude et les 6 personnes du centre ont finit avec des peines de prison ferme et un casier très chargé : là bas on ne rigole pas avec la corruption d’un organisme officiel. En Suisse les centres appartiennent à l’État, ce sont des fonctionnaires qui examinent les véhicules.
    En France ce sont des sociétés privées à but lucratif qui effectuent le CT et aucun organisme de l’État n’est en mesure de contrôler l’activité des près de 6500 centres. A partir de ce constat il faut enquêter !
    Contrairement à vous j’ai testé le 93 durant 7 années. J’ai été surpris la première fois de voir que des contrôleurs techniques manipulaient systématiquement le pare soleil côté conducteur au moment de grimper dans le véhicule. Je me suis renseigné… En fonction de la présence ou non d’un papier de couleur bleue à caractère européen le contrôle était comme qui dirait facilité. C’est pourquoi je contrôle l’origine des véhicules qui me plaisent et que je n’ai pas peur de rejeter certains vendeurs après un premier contact. Ma devise : je préfère louper 10 bonnes affaires plutôt que d’en faire 1 mauvaise.
    En outre je n’ai aucun scrupule à sortir un bleu de travail pour aller voir jusque sous le véhicule, ça surprend certains vendeurs qui en changent même de couleur surtout lorsque je branche mon ordinateur au véhicule : c’est fou le nombre de compteurs trafiqués, y compris chez des soit disant professionnels, chose difficilement réalisable en Belgique ou en Suisse par exemple avec un contrôle technique très verrouillé. Le moindre écart éveillant immédiatement les soupçons.
    Ainsi non seulement il y a des écarts de CT entre les régions en France mais il y des écarts entre les pays du seul fait de l’organisation libertaire d’un test qui aurait dû rester, à mon sens, sous contrôle total de l’État tout comme tout ce qui touche à la sécurité du public.

    • Merci pour ces précisions qui confortent nos informations. Mais de vous à nous, il semble assez inutile, voire contre-productif, de dénigrer notre approche statistique alors même qu’elle vous permet d’assoir vos affirmations. Ne vous agacez donc pas du fait que, sans « sortir de notre bureau », nous puissions arriver à la même conclusion que vous.
      Vous avez bien sûr le droit de ne pas aimer la presse. Mais ne vous trompez pas non plus de combat… 😉

    • Je suis totalement d’accord avec le fait que le contrôle aurait dû être service d’état.
      LA plus grande concurrence dans le contrôle technique auto aujourd’hui n’est pas sur le prix du ct mais sur la qualité (celui qui marque ou celui qui ferme les yeux.)
      Aujourd’hui, des centres de contrôle sont des vraies passoires et laissent tt passer; effectuent des contrôles bâclés en 20 min alors que 40 min serait plus convenables.
      L’état ne fait rien; il suffirait de bloquer le tsp et de ne pas pouvoir terminer la visite avant 40 min et ça serait fini la rigolade et le travail bâclé. L’état est au courant mais ne fait rien.

    • Vous avez trouvé un centre pourri et vous en déduisez que le CT ne sert à rien? Avec ce que je vois (et refusé) tous les jours j’affirme le contraire, 13 ans de CT et des souvenirs a vous faire pâlir si vous aviez croisé ces voitures. On sait tous dans nos régions où sont les centres corrompus ou peu consciencieux, on a les statistiques de temps par voitures aussi. Dire que rien n’est fait est faux aussi, de nombreux centres ferment mais a la Dreal ils ne sont pas assez nombreux pour tout faire, et parfois les préfets ne suivent pas les sanctions…

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