Stations-service : l’Etat veut mettre le CPDC à sec!

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Le gouvernement vient d’annoncer vouloir couper les vivres au Comité professionnel de distribution de carburants (CPDC). La mesure, proposée dans le cadre de la Loi de finances 2015, risque de condamner purement et simplement des milliers de stations-service, notamment celles qui attendaient des aides pour se mettre aux normes environnementales… CNPA et FNAA se sont, coup sur coup, mobilisés.

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L’État n’a plus de liquidités… Alors le gouvernement de Manuel Valls a décidé d’assécher purement et simplement les financements du Comité professionnel de distribution de carburants (CPDC) dans le cadre de sa Loi de finances 2015. C’est, en caricaturant à peine, le tableau qui vient de se dessiner sous les yeux ébahis de milliers de professionnels du secteur, qui n’ont que leurs yeux pour pleurer. Et des syndicats pour les aider, encore, à faire pression sur les pouvoirs publics comme sur les parlementaires, qui doivent encore voter un texte qui fait débat, et pas uniquement sur ce sujet précis.

Cependant, ce qui retient toute l’attention des organisations professionnelles, en particulier le CNPA et la FNAA, c’est d’éviter que cette source de financement se tarisse, car c’est tout un maillage national qui est en danger. Le nombre de stations-service a été quasiment divisé par 4 depuis 1980. Il y en avait alors plus de 40 000 quand il n’en restait plus que 11 476 en 2012, selon l’UFIP. Quant à la densité du réseau, elle a été divisée par 3 en 30 ans : il reste désormais à peine 2,5 stations-service au km², l’essentiel des parts de marché étant, pour sa part, détenu par les grandes et moyennes surfaces (62% contre seulement 38% au réseau traditionnel).

C’est peu dire, donc, que ce « choix », par défaut, espérons-le, du gouvernement tombe mal. D’autant que le secteur, qui “pèse” quelque 30 000 personnes, risquerait d’en laisser une bonne partie sur le carreau, et plus tôt que tard. Voilà qui ferait bien mauvais genre pour un gouvernement en mal de bonnes nouvelles sur le front de l’emploi.

Plus tôt que tard car, selon la FNAA, 2 200 stations-services attendent des aides du CPDC (qui tient les siennes de l’État, donc), dont 1 140 concernent l’onéreuse mise aux normes environnementales, qui implique le remplacement des cuves par des modèles à double paroi. La FNAA avait d’ailleurs obtenu un report d’échéance à fin 2016 pour les stations de moins de 500 m3 de capacité.

Pour elle , la seule annonce de la remise en question du CPDC est déjà une catastrophe : «La plupart des demandes d’aides émanent de points de distribution ruraux ou peri-urbains, dont les faibles volumes de carburants vendus, liés aux très faibles marges de l’activité (0,8 à 2 centimes par litre), rendent déjà leur survie terriblement précaire», a-t-elle rappelé dans un communiqué ; «Confrontées aux coûts élevés de la mise aux normes environnementales, seule la perspective d’une aide du CPDC permet encore à beaucoup de ces stations-service d’être soutenues par leurs banquiers. Mais alertés par la fin du CPDC, les banques vont être logiquement enclines à retirer leurs offres de financements, provoquant un dramatique effet domino qui va immanquablement précipiter des fermetures en chaîne».

Inéluctable désertification
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Christian Roux et toutes les organisations professionnelles prenant part au CPDC entendent monter au créneau

« Pour le CPDC, il est insupportable que la continuité des aides de l’État soit aussi brusquement interrompue », s’insurgeait en chœur Christian Roux, président du CPDC et de la branche des distributeurs de carburant au CNPA, lors de la conférence de presse donnée par Francis Bartholomé le 16 octobre dernier.

«Que fait-on des 7 à 8 millions d’euros promis par les différents gouvernements précédents ?», s’est justement interrogé le nouveau président du CNPA. «Qui va accompagner les artisans dans leur mise aux normes et dans le passage vers d’autres technologies ? Car qui, sinon les distributeurs de carburant, ont déjà le maillage nécessaire au déploiement d’infrastructures de recharge de véhicules électriques même en zone rurale ?»

Sans pour autant parler d’une compétence que les distributeurs de carburant aimeraient bien, en partie, hériter, comme le souhaite Christian Roux, le tarissement de la source de financement du CPDC ne risque pas d’alléger l’empreinte carbone des automobilistes français. Car aujourd’hui,a rappelé la FNAA, 17 millions de Français parcourent 5,2 kilomètres, en moyenne, pour se fournir en carburant. Le temps nécessaire pour se rendre à la station-service atteint parfois même 38 minutes dans 7 départements de l’hexagone, selon un rapport de l’Inspection Générale des Finances sur «Les prix, les marges et la consommation des carburants» publié en novembre 2012. Le rapport avait identifié 871 stations-clés –les ultimes stations-service avant désertification– desservant près de 4 millions d’habitants…

Avec un CPDC dont le budget avait déjà baissé des 2/3 depuis 2006, les mises aux normes avaient déjà plusieurs fois été repoussées. Avec un CPDC à sec, c’est une bonne partie du pays, et plus seulement les professionnels, qui risquent de faire le coup −et le coût, cette fois social− de la panne.

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