1 250 faux VO/vrais VGE de plus… et un soupçon de trop?

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D’après nos confrères du quotidien Le Parisien, environ 1 250 nouvelles épaves roulantes illégalement validées VO par un expert ont été identifiées par les gendarmes d’Amiens et de Senlis. Une nouvelle affaire VGE qui devient l’occasion pour l’agence Generali locale de lancer un étonnant discrédit sur les experts indépendants dont «il faut se méfier». Des indépendants qui apprécieront sûrement…

La Cité Judiciaire de Senlis, dans l'Oise (60), ou le Tribunal correctionnel jugera le 30 mai prochain l'expert de Nanteuil-le-Haudouin suspecté d'avoir remis en circulation plus de 1 200 VGE pour revente sur le marché VO.

La Cité Judiciaire de Senlis, dans l’Oise (60), ou le Tribunal correctionnel jugera le 30 mai prochain l’expert de Nanteuil-le-Haudouin suspecté d’avoir remis en circulation plus de 1 200 VGE pour revente sur le marché VO.

Nous ne sommes visiblement pas près de voir le bout du scandale des véhicules classés VGE revendus comme VO. Après les différentes affaires révélées depuis 2015, en voici une nouvelle, à nouveau dévoilée le 8 mars dernier par Le Parisien. Des expertises de sécurité bidon réalisées par un expert en automobile de Nanteuil-le-Haudouin, dans l’Oise (60) auraient permis de remettre sur les routes 1 200 à 1 250 épaves roulantes.

Menée conjointement par la Section de recherches de la gendarmerie d’Amiens, dans la Somme (80) et par la Brigade de recherche de Senlis, l’enquête a duré un an. Elle a accumulé suffisamment de charges pour que l’expert soupçonné soit jugé devant le Tribunal correctionnel de Senlis le 30 mai prochain. L’expert comparaîtra pour «escroquerie, mise en danger de la vie d’autrui, faux et usage de faux» pour des actes commis à la fois en Picardie et en Île-de-France.

La complicité d’un «casseur»

Bien sûr, l’expert s’est appuyé sur la complicité d’un «casseur», lui aussi mis en examen. il reprenait «à très bas prix auprès d’assureurs » les véhicules gravement accidentés ayant alimenté ce business frauduleux, souligne le Parquet. Selon les révélations du Parisien, les enquêteurs ont établi que plus de 75% de ces faux VO/vrais VGE se révélaient encore dangereux au moment de leur revente. D’où le chef d’inculpation de «mise en danger de la vie d’autrui», la mission de l’expert en automobile étant en premier lieu de veiller au bon respect des conditions de sécurité routière des véhicules.

Certes, un expert frauduleux supplémentaire ne rapprochera sûrement pas le nombre d’experts «véreux» des 7% de la population d’experts en automobile en France, tel que l’annonçait le 20 Heures de France 2 du 4 janvier dernier. La Confédération française des experts en automobile (CFEA) s’était officiellement plainte de cette évaluation, lui opposant 0,3%. Cette nouvelle affaire ne va en tout cas pas redorer l’image de toute une profession…

Quand l’assureur «se méfie» de l’expert indépendant

Les agissements des brebis galeuses de la profession d’expert, aussi peu nombreux qu’ils soient, ne sauraient toutefois jeter le discrédit sur toute une population d’experts indépendants. Ces derniers subissent au quotidien, et depuis plusieurs années, toute une série de pressions concurrentielles et sectorielles, sans compter celles qu’ils  reçoivent directement ou indirectement de la part des donneurs d’ordres assurantiels.

En revanche, ces mêmes donneurs d’ordres semblent bel et bien plus prompts à déconsidérer les experts indépendants, si l’on en croit l’agence Generali de Crépy-en-Valois, interrogée par Le Parisien. Pour elle, ce genre d’affaires de VGE remis frauduleusement à la route en tant que VO serait «la raison pour laquelle les grandes compagnies d’assurances sont très exigeantes dans le choix des experts à qui elles vont confier leurs véhicules». Et l’agence en question d’ajouter qu’il «faut se méfier des experts indépendants, qui n’ont pas tous une conscience professionnelle et surtout morale» !

Si une simple agence locale se permet de remettre ainsi en question la probité de professionnels dont les textes de loi garantissent pourtant l’indépendance, voilà qui interroge sur la façon plus générale dont les compagnies d’assurance conçoivent en haut lieu leurs rapports avec les expert indépendants. Ou, à tout le moins, avec l’indépendance des experts…

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5 Commentaires concernant “1 250 faux VO/vrais VGE de plus… et un soupçon de trop?”

  1. Très bons commentaires de « Jean MI » et de « Agent Général ».
    Précisions supplémentaires :
    Il ne faut pas mettre tous les experts auto ( et encore moins les indépendants) dans le même panier … Les indépendants ne sont pas tous agréés V.E. Certains ont choisi volontairement de ne pas suivre les procédures VGE (procédures qui à mon seul avis devraient être suivies par des fonctionnaires d’Etat). Les indépendants sont aussi un « contre pouvoir d’assurances » et font tout autre chose, comme par exemples de la résolution de litiges à l’amiable (en protection juridique ou non), de l’assistance technique amiable ou judiciaire, dans des contres ou tierces expertises, arbitrage (pour participer au désengorgement des tribunaux), du conseil technique et juridique, de la valorisation de véhicules pour couvrir les risques de pertes totales. Ils peuvent aussi faire de l’expertise dommage pour répondre aux demandes d’indépendances réelles et être à l’initiative des procédures de recours directs grandissantes envers les compagnies représentant les responsables de sinistres autos, sans passer par son assureur (victimes, ex. art.124-3 du Code des assurances) …
    Il est évident que cette procédure particulière de suivi VGE doit être mieux encadrée et surtout avec une vue (contrôle) générale indissociable sur les différents intervenants de cette filière. Assurances / experts d’assurances / épavistes et garagistes qui rachètent et revendent ces très nombreux véhicules accidentés, de façons pas toujours transparentes et voire même sans les compétences requises ou en toute oppositions aux règlementations en vigueures (comme par ex. l’art. L.326-6 du Code de la Route …)…
    Aleuthera Expertise.

    • Ce cas et d’autres montrent bien qu’il est urgent de se pencher sur ce type de problème et de trouver des solutions, en tout cas les évaluer. Comme celle émise par Aleuthera évoquant le transfert de la charge de ce type de procédures à des fonctionnaires, qui semble intéressants, mais il y en a certainement d’autres voies aussi à explorer. L’article est donc intéressant hormis les soupçons entendus et relayés par voie de presse sans aucune vérification ; on n’est pas obligé de tout répèter, de tout relayer, transférer et diffuser, normalement il doit y avoir d’abord un travail journalistique avant, même si cette pratique est devenue courante.

  2. Rappelons qu’un assureur ou que les assureurs ne sont pas des intermédiaires d’assurances, et que les opinions rapportées n’engagent que ceux qui les formulent. Les éléments de fait sont plus utiles que les allégations ou condamnations générales à partir de propos rapportés, qu’il s’agisse « des assureurs » (sic), « des experts » (sic), ou de qui que ce soit d’ailleurs.

  3. Ce nouveau et pitoyable fait divers vient une nouvelle fois apporter la preuve que le système actuel de traçabilité de ces véhicules est toujours aussi faillible et qu’il mérite d’être totalement repensé dans les plus brefs délais.
    Le pire dans cette affaire reste bien la mise en danger des automobilistes qui ont pu circuler avec de tels véhicules…
    Aussi dramatique que soit ce nouveau dossier, je dois vous dire que je n’ai pu m’empêcher de rire lorsque j’ai lu la formidable intervention de l’agence GÉNÉRALI… STE de Crépy en Valois. Elle est le plus parfait reflet de cette nouvelle médiocratie ambiante en exercice, conséquence directe de l’anesthésie générale de personnels de plus en plus incultes. Cette situation est la conséquence directe du rabâchage permanent de messages stéréotypés par nos compagnies Françaises, elles qui ont cessé depuis longtemps toutes formations techniques impartiales à destination de l’ensemble de leurs collaborateurs internes et externes !
    Pitoyable preuve de cette incompétence généralisée qui ne cesse d’amplifier de faux messages dont finalement seuls les assurés font et feront encore longtemps les frais.
    Nous voici rentrés dans une nouvelle ère, celle qui consacre le choix judicieux de nombreuses compagnies qui, pour dégraisser sans y paraître, sans plan social et faire disparaître toute forme de résistance intellectuelle, priorisent désormais la nomination d’anciens inspecteurs de leurs compagnies es qualité d’Agents Généraux !!!
    Après les plateformes, voici les « plats-formatés », ces nouveaux intermédiaires aux ordres, totalement dégagés de la moindre gestion de sinistres et régulièrement perfusés aux aides financières issues de challenges ou autres actions commerciales uniquement basées sur le « commercial »… Voilà tout ce qu’on leur demande désormais. Rien d’autre !
    Il n’y a qu’à vérifier le nombre d’heures de formation du cursus d’Agent Général désormais consacrées aux sinistres et leur gestion ! On est proche du néant.
    Il est donc évident que cet Agent zélé, à défaut de connaissances minimales sur ces sujets, ne fait que répéter depuis sa cage, tel un perroquet bien dressé, le message qu’il a entendu et appris par cœur à l’occasion d’une réunion avec les experts agréés de sa compagnie. Peut-être même espère t-il remporter un challenge qui pourrait lui rapporter quelques menues monnaies à défaut d’une nouvelle notoriété ? Ou espère t-il rejoindre les rangs des salariés de sa compagnie en qualité de responsable de la communication ?
    Quoi qu’il en soit, pareil personnage devrait se rappeler que, quand on ne connaît pas un sujet, on la fermeeeeeeeeeee !

  4. Si cette nouvelle affaire jette malheureusement encore une fois le discrédit sur la profession, voilà aussi une preuve de plus de la mainmise des assureurs sur l’expertise automobile et la partialité des dirigeants syndicaux des experts !
    En effet, la preuve est faite que les assureurs choisissent bien leurs experts, qui ne sont donc plus du tout indépendants si le CA d’un cabinet dépend à 95 % des assureurs…
    D’un autre côté, puisque les experts du CFEA revendiquent haut et fort l’indépendance, ce sont donc tous les experts qui deviennent suspects et pas seulement ceux qui ne travaillent pas pour les assureurs !
    A quand la fin du double langage ???
    Il serait temps que le ministère de tutelle impose le libre choix par l’assuré de son expert; cela va permettre de couper toute pression possible entre l’expert et l’assureur, pour redistribuer un peu du travail à tous les experts qui seront alors vraiment indépendants et pourront vivre de leur travail !
    Contrairement à ce qu’en pensent les assureurs et le syndicat des experts, il n’y a aura pas d’inflation du cout sinistre, surtout si cette mesure est accompagné d’une libéralisation de la vente de la pièce dite captive, principal responsable du cout important de la réparation auto en France, et durement défendu par les constructeurs…
    A force de ne pas chercher de vraies solutions aux vrais problèmes, la sécurité routière ne va pas y gagner; la preuve puisque le nombre de procédure VGE est en baisse légère mais constante depuis la mise en place de la procédure…

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