EXCLUSIF – AXA et ses experts (suite): les dessous du contrat

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Nous révélions la semaine dernière les exigences doublées de menaces pécuniaires qu’AXA impose unilatéralement à ses experts en 2014 (voir «Comment AXA menace ses experts»). Au vu du contenu du contrat qui leur est proposé, on comprend encore mieux pourquoi la moitié environ des experts refuse de signer et que beaucoup espèrent voir l’ANEA s’interposer…

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Cliquez sur le document pour le télécharger.  Les données masquées sont celles, spécifiques à chaque cabinet, qui permettraient sinon d’identifier l’un de nos informateurs.

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lecteur 110Peut-être AXA nous sera-t-elle reconnaissante de ne pas avoir publié ici l’intégralité du document que l’assureur a soumis à ses experts mi-avril dernier : notre rôle n’est pas de fournir inutilement tout son contenu à sa concurrence. Qu’elle nous pardonne en revanche d’en reproduire ci-dessus la première et la dernière pages. Elles suffisent —mais sont nécessaires— à expliquer l’actuelle fronde des experts soumis à ses exigences et qui sont nombreux (à peu près la moitié ?) à refuser de signer  cet «Accord Honoraires AXA 2014».

Certains envisagent même de saisir l’ANEA dont ils attendent que, face à de telles exigences assurantielles, elle siffle la fin d’une partie où «AXA joue hors jeu et redéfinit ses propres règles à son seul avantage !», s’exaspère un expert. Un autre s’inquiète plus généralement : «Si ce genre de diktat est accepté, ce sera l’hallali : c’est le type de mauvaise idée faite pour être copiée par les autres assureurs»…

En outre, certains experts considèrent que ces objectifs, qui sont rétroactifs au 1er janvier 2014 (!), imposent d’être particulièrement brutal sur le reste du semestre en termes de cotation pour tenter de revenir à une valeur moyenne « acceptable » par AXA sur le 1er semestre.

Voilà donc l’ANEA, qui est déjà de toute évidence officieusement saisie, maintenant officiellement prévenue d’une belle cause à défendre…

AXA propose +1,20% maxi… contre -2% à -10% !

Et c’est vrai que le contrat est pour le moins léonin, même s’il sait aussi proposer un « bonus ». Pour les meilleurs experts (classés «A») : +1,20% maxi sur chaque mission (soit + 1,12 € pour l’honoraire moyen de 93 € constaté chez Axa) ; les «B» se contentent de +0,90%. Rien bien sûr pour les «C» (comme «Cancres»?) qui, eux, savent déjà qu’ils ont jusqu’à fin juin pour rentrer dans le rang.

Car à défaut, passé le 1er semestre et à compter du 1er août, le bâton coûtera alors bien plus cher que la carotte ne promettait de rapporter :

  • si non atteinte de l’objectif sur le contradictoire durant le 1er semestre en cours : -8% ;
  • si non atteinte «d’un objectif au moins» sur le chiffrage des non réparés et/ou le taux moyen de VS (Valeur de Sauvetage) alors que le contradictoire est tenu : -2% ;
  • si non atteinte de l’objectif sur le contradictoire et au moins un objectif non tenu sur le chiffrage des non réparés et/ou le taux moyen de VS : -10%.

Philippe Cousin, le directeur des achats assurantiels et des prestataires extérieurs d’AXA, l’annonçait dans le courrier AXA que nous révélions de la semaine dernière : si les mauvais élèves ainsi sanctionnés n’ont pas redressé leur copie avant décembre 2014, ces minorations de missions seront réputées définitives dès 2015…

BCA : deux poids, deux mesures…

La page 18 a également agacé les experts, du moins ceux qui ne sont pas BCA. En effet, seuls les cabinets libéraux sont sanctionnables financièrement dans les proportions évoquées ci-dessus. Les agences BCA, elles, jouissent d’un statut particulier. Elles ne sont punissables que via une baisse du nombre de missions : sauf mise en pratique des préconisations AXA, le volume de ces missions  sera réduit de 10% «au moins» dès le 1er août 2014 et  de 16,7% «au moins» dès le 1er février 2015 (soit «-25% en effet cumulatif», calcule AXA).

Pourquoi donc cette différence de traitement ? Les experts contactés se perdent en conjectures mais se disent certains d’une chose : «AXA, en tant qu’actionnaire du BCA, a dû trouver ainsi une façon de ne pas se tirer une balle dans le pied…»

VRADE en vrac

Au détour des autres pages du document AXA, on découvre l’exigence d’une «valeur de sauvetage qui doit être chiffrée sur la base de 25% de la VRADE» (Valeur Résiduelle à Dire d’Expert). Elle mérite d’être un instant étudiée.

Car dans ce cas précis, la question de l’indépendance de l’expert se pose une nouvelle fois : censé pourtant évaluer en toute indépendance la valeur du véhicule, il se voit sommé par AXA de la sous-évaluer mécaniquement de 25%, quel qu’en soit l’état. Au risque sinon d’être lui-même pénalisé financièrement pour «non-respect» de cette obligation en dépit de l’article  L-326-6 Ibis du code de la route qu’un de nos lecteurs-commentateurs vient de rappeler (voir « expertlibre » ci-dessous) : «les conditions dans lesquelles un expert en automobile exerce sa profession ne doivent pas porter atteinte à son indépendance».

Une certitude au moins : avec de telles pratiques, AXA n’est guère l’ami des experts… et encore moins celui des carrossiers.

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13 Commentaires concernant “EXCLUSIF – AXA et ses experts (suite): les dessous du contrat”

  1. B C A ABC de la fin de l'expertise / 26 mai 2014 á 1 h 57 min / Répondre

    Quand l’expert tue l’expert.
    Imaginez un monde ou toute l’expertise serait aux mains du BCA!! plus de contradictoire, plus de désaccord, plus d’expertise; juste une bouillie réglementaire servant au droit de l’assurance.
    La liquéfaction universelle de la réparation des sinistres auto.
    Imaginez un monde ou les réparateurs et les usagers de l’automobile, assurés ou pas, se laisseraient plumer sans broncher! Imaginez!!
    Ce n’est pas près d’arriver rassurez-vous. Des experts INDÉPENDANTS veillent.

  2. L’assuré n’a-t-il pas son mot à dire? Il s’agit de sa voiture et de son pognon.
    Il faut arrêter de se moquer du monde. Vos combines ne nous plaisent pas.
    Nous choisissons notre réparateur, nous voulons des travaux corrects.

  3. Soyons sérieux! Anea ne bougera pas, il faut comprendre la menace brandie immuablement par les assureurs qui consiste à déclarer: « nous allons tout passer au BCA. ».
    Pour Axa, c’est plus machiavélique , on pousse les libéraux au dégoût afin de tout transférer au BCA puisque les pseudos libéraux ne veulent pas accepter des conditions d’exploitation honteuses et un peu illégales car les conditions économiques édictées par le contrat ne sont pas les mêmes pour les fournisseurs d’expertises, libéraux ou BCA. Bref, scandaleux enfin la légalité ne semble pas entraver les actions de tous ces financiers assureurs!
    Au fait, ils s’en fichent car les droits de réponse ne sont pas d’actualité pour ces petits chefs assureurs, ACM, ALLIANZ, MATMUT et AXA.
    À vous lire!

  4. Opportuniste: celui qui fait de l’argent avec le malheur des autres.
    L’expert automobile opportuniste s’occupe de ses intérêts. Il n’est concerné ni par son indépendance, ni par sa profession: seul le fric compte.
    Peut-on demander à un opportuniste d’être vertueux ou de penser… à l’avenir?

    Les signataires de la convention AXA sont des opportunistes. demain, ils seront riches et absorbés par le système. Après tout, après moi le déluge: mes enfants seront assureurs.

    Experts automobiles si votre métier vous intéresse, triez les bons des mauvais. écartez-vous des beaux merles qui demain vous boufferont. Voyez l’intérêt de la profession et gardez un œil sur l’Europe et les législations qui risquent de venir en France.

  5. Mais ils jouent tous hors jeu, les assureurs. Vous avez mis au grand jour les activités limites d’Allianz, illégales d’ACM avec leur cabinet fantôme ACM chiffrage, la MATMUT et Axa… Les autres doivent sacrément se méfier en matière de communication à leurs petits gogos d’experts aux ordres. Certains doivent les attendre fébrilement de peur de décevoir leurs donneurs d’ordres…
    Pauvres gens: ils ne sont plus crédibles dans nos ateliers; maintenant nous savons mieux le jeu des assureurs et je ne pensais pas que les experts étaient à ce point devenus des pauvres petits exécutants, bref des pauvres gars voués à extinction qui, en se laissant manipuler, nous ont mis dans une belle M…

  6. Ce document arrivé mi-avril chez les experts, note l’article. L’ANEA n’ayant pas réagi publiquement depuis un mois, on remarquera la vivacité de cette organisation!
    Les experts sont représentés par une organisation pusillanime qui laisse ses adhérents agoniser en silence.

    NdlR: Le fait que l’ANEA n’ait pas réagi publiquement n’implique pas nécessairement qu’elle n’agisse pas discrètement…

    • « NdlR: Le fait que l’ANEA n’ait pas réagi publiquement n’implique pas nécessairement qu’elle n’agisse pas discrètement…  »
      Je savais les journaliste littéraires: l’action d’ANEA, un bel oxymore quand même!!!
      Comme l’humanisme des mutuelles…

      Ndlr bis: Dont acte: le joli mot d’oxymore est effectivement bien trouvé… A l’ANEA de nous montrer maintenant qui des deux a trouvé le bon sens… 😉

  7. Cela promet de sacrés bonnes relations expert/réparateur…
    Les vendeurs de mastics doivent se frotter les mains et vont pouvoir commercialiser des truelles géantes.

  8. Bonjour
    Encore des pratiques hors la loi que nos chers assureurs se permettent sans être inquiéter par personne!!!
    Que fait le législateur?? Peut être qu’il est assuré chez AXA lui aussi??
    On attend la position de l’ANEA à présent ,elle qui avec le CFEA à souhaiter s’allier au BCA à qui il ne peut donc rien arriver financièrement car c’est leur filiale!! Quelle mascarade!!
    Continuez à enterrer le monde de l’expertise comme ça et dans moins d’1 an, il ne restera plus que des experts BCA au service de leur propre cause.
    Il est temps de se bouger et de refuser ces conditions esclavagistes; alors mettez vos bonnets rouges sinon vous êtes morts.
    David

  9. expert independant / 16 mai 2014 á 9 h 03 min / Répondre

    je suis effaré que la moitié des experts ait accepté de telles pratiques. Si c’est réellement le cas, cela va compliquer une éventuelle action de l’ANEA.
    Je suis d’accord avec jeanmi, l’assuré devrait pouvoir choisir son expert.

  10. Attention, votre calcul des réparations à la charge de l’assuré est erroné…
    En effet, si l’assuré conserve son véhicule, il va bien voir son remboursement de valeur amputé des 25% fixés par l’expert, mais l ne faut pas oublier que si l’auto est réparée par l’assuré, cette somme est de toute façon dûe par Axa et l’assuré touchera la somme sur présentation de la facture et du second rapport d’expertise…
    Autre point non évoqué, cela ne sert à rien de surévaluer les valeurs de sauvetage.
    Soit l’épave passera en convention via un casseur ayant un accord avec Axa (mais à 25 %, ils ne vont pas se bousculer pour signer), soit l’expert fera un appel d’offres (via le site BCA, en autre).
    Là, c’est un peu la loterie mais vu la faible activité en accidentées en ce moment, les autos à vendre sont rares et ce qui est rare devient cher !
    Bref, une fois de plus, l’expert subit un coup de pression inacceptable…; attendons de voir ce qu’en pense l’ANEA, mais il est à craindre qu’il ne se passe pas grand chose vu que les instances dirigeants sont eux mêmes patrons de cabinets, donc pris au piège…
    La seule solution à tous ces problèmes est que l’assuré devrait avoir le droit de missionner l’expert de SON choix, avec des honoraires payés par l’assureur !
    Plus de lien contractuel entre l’assureur et l’expert (sauf pour les honoraires, et encore…), plus de statistiques aberrantes à suivre,…

    NDLR: en attendant d’y voir plus clair, nous avons retiré la partie de notre article que ce lecteur considère comme erronée. Vous n’y retrouverez donc pas l’objet de son reproche qu’il évoque au début du commentaire ci-dessus…

  11. AXA Réinvente l’assurance, çà c’est sûr! en créant ses propres règles sans respect, ni des lois, ni de ses partenaires.
    Alors que la loi indique (Art L-326-6 Ibis) »les conditions dans lesquelles un expert en automobile exerce sa profession ne doivent pas porter atteinte à son indépendance, »
    comment peut-il exister un contrat entre une compagnie d’assurance et un cabinet d’expertise lui imposant des objectifs de résultats concernant les chiffrages des dossiers?
    les « experts d’assurance », en acceptant ces pratiques, détruisent notre profession et renoncent à leur indépendance.

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