Pression des agréments : les carrossiers toujours grognons…

Longtemps vécus comme un mal nécessaire, les agréments semblent remporter de moins en moins de sympathie auprès des carrossiers. S’ils génèrent du trafic à l’atelier, leurs conditions, de plus en plus dures selon les sondés, grèvent leur rentabilité…

Logo panorama dezs réseaux de carrosseriePour la deuxième année consécutive, le Panorama des Réseaux de Carrosserie de notre confrère Décision Atelier a livré, en marge du podium, d’intéressants chiffres sur la perception de la politique d’agrément des assureurs par les carrossiers sous enseigne et, pour la première fois, sur celle qu’ils ont des plateformes de gestion de sinistres.

Car dans un marché de la réparation-collision de plus en plus marqué par la prescription, le CA des carrosseries généré par les apporteurs d’affaires représente la moitié de leur business : 53% lors de la précédente édition de ce Panorama des réseaux de carrosserie pour «seulement» 49% cette année. En outre —et fort logiquement— 33% des pros estiment que ledit volume d’affaires apporté par ces donneurs d’ordre est en baisse, contre 12% qui le considèrent en hausse.

Faut-il expliquer ce phénomène par la concentration des acteurs observée dans le monde de l’assurance ? D’autres explications peuvent être apportées à cette baisse, certes relative, mais réelle…

Durcissement du poids des agréments

Commençons par le poids ressenti des agréments. En 2013, les carrossiers interrogés étaient 87% à sentir un «durcissement» général en la matière. En 2014, cela ne s’est guère arrangé : ils sont maintenant 88%. Mais si 25% des carrossiers considèrent toujours «insupportables», d’une année sur l’autre, les conditions des agréments, il y a un petit desserrement chez ceux qui ne les considèrent «que» comme «importantes»: 33% en 2014 contre 39% en 2013.

Est-ce parce que les assureurs sont devenus plus compréhensifs ? Pas sûr du tout, surtout à l’heure où le nombre d’agréments reculent et que, du coup, la tendance n’est pas à la hausse en termes de conditions d’obtention.

Réseaux plus commerciaux

Cette baisse des jugements (très) négatifs –toute relative mais toujours bienvenue– «trouve plus probablement son origine dans la politique commerciale toujours plus structurée et diversifiée des réseaux de carrossiers», souligne Philippe Gervasoni, président de la FRCI (Fédération des Réseaux de Carrosserie indépendants) qui est partenaire de ce Panorama. «Arrivés à une maturité certaine, les réseaux deviennent aussi des force de proposition commerciale vers leurs adhérents, estime en effet le président de la FRCI. Certains développement même leur propre plateforme de gestion de sinistres ou, pour être plus précis, de gestion de services.»

Et c’est vrai que l’exemple en la matière du PPS (Pôle de Prestation de Services) du réseau AD Carrosserie est significatif : il oriente déjà quelque 117 millions d’euros de business vers les 603 adhérents au triangle rouge et, surtout, aucun des quelque 60 accords-cadres qui en sont la source n’a été signé sans l’accord des représentants carrossiers du réseau. Cette forme d’équilibre entre les attentes des apporteurs d’affaires et le seuil d’acceptation des carrossiers est récente —et même inédite— quand on la juge à l’aune des excès qui perdurent chez d’autres acteurs. Cette tendance a sûrement le mérite de participer en partie au moins au léger adoucissement de l’avis des pros.

Reste que 55% des carrossiers interrogés par CSA en 2014 se disent aujourd’hui prêts à abandonner certains apporteurs d’affaires. C’est rien moins que 15 points de mieux qu’en 2013 ! Et cette grosse moitié pourrait donc venir grossir les rangs des 5% de carrossiers déclarant déjà ne pas travailler avec les apporteurs d’affaires. Mais s’agit-il vraiment d’une intention ou plutôt d’une réaction de ras-le-bol et de rejet ?

Concurrents ou complémentaires des réseaux ?

Ce rejet toujours plus marqué des donneurs d’ordre et de leurs conditions se traduit également dans la perception qu’ont les professionnels du caractère complémentaire ou non des agréments d’assurance par rapport à leur panneau. Ainsi, si 48% jugent les agréments complémentaires à leur enseigne, ils sont 29% à les voir comme concurrents… mais 24% n’ont pas d’opinion. Et le phénomène de concentration des assureurs, mentionné plus haut, n’éclaire pas vraiment le sujet. En effet, à la question «Comment la concentration des assureurs impacte votre propre activité ?», 54% des pros sondés jugent que cela sera bénéfique en termes d’entrées atelier pour leur entreprise ; en revanche, ils sont 57% à y voir un impact négatif sur leur rentabilité…

Mais les carrossiers savent-ils toujours évaluer leur rentabilité ? On peut légitimement se poser la question quand on constate que… 11% des pros sondés ont déclaré ne pas savoir quelle était la part des agréments dans leur CA. Une telle incertitude est-elle compatible avec une activité aussi tendue que celle de la réparation-collision ? Où l’on revient au fameux tableau de bord des entreprises, mentionné comme indispensable lors de la remise des prix de la performance par Fabien Guimard, responsable du réseau AD Carrosserie, et qui n’est aujourd’hui présent que dans trop peu de structures… (voir «Panorama des réseaux de carrosseries 2014 : tiercé constant…»)

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