Carrosserie Assurances

AXA s’inquiète des véhicules électriques… et des ADAS

C’est maintenant un assureur et non des moindres -AXA- qui commence aussi à s’interroger sur les effets accidentogènes de deux grandes évolutions technologiques pourtant largement plébiscitées : les véhicules électriques… et les ADAS.

AXA constate que les véhicules électriques et les assistances à la conduite sont en fait... accidentogènes!

AXA constate que les véhicules électriques et les assistances à la conduite sont en fait… accidentogènes!

Cet article de notre confrère les Échos nous avait échappé en cette fin août 2019. Sinon, nous l’aurions évoqué plus tôt car il confirme que nous avons raison de nous interroger sur la « contre-productivité » des assistance actives de conduite, à savoir les tant désirés ADAS. Dans un précédent articles, nous expliquions avoir croisé un assureur qui, sous couvert d’anonymat par peur de ne pas être “main stream”, nous confessait s’interroger sur les très décevantes statistiques sinistres affichées par les véhicules « Adassés ».

AXA s’interroge

Cette fois, c’est le puissant AXA qui le proclame haut et fort. «Selon l’assureur AXA, les véhicules électriques de luxe et les SUV électriques provoquent 40% d’accidents de plus que les voitures traditionnelles en Suisse, relate ainsi notre confrère. Et ce n’est pas la seule évolution technologique qui préoccupe AXA. L’assureur a donc «réalisé des crash-tests pour identifier les causes spécifiques aux véhicules électriques, comme la plus forte propulsion ou le pilotage automatique». Et il en tire une possible et surprenante conclusion : il lui faudra peut-être bien adapter ses contrats d’assurance à ces constatations, ce qui reviendrait à pénaliser les dernières technologies au lieu de les encourager…

La voiture électrique n’a pas encore sauvé la planète qu’elle en tue déjà ses habitants ? C’est apparemment un fait établi pour AXA : les fantastiques capacités d’accélération des véhicules électriques sont accidentogènes, soit parce qu’elles surprennent les automobilistes, soit parce qu’ils en abusent imprudemment. Pendant qu’à l’opposé, l’assureur découvre aussi que les ADAS qui conditionnent l’automatisation de la conduite endorment les vigilances puisqu’ils promettent la Lune alors même qu’ils s’éclipsent aléatoirement face à une multitude de configurations imprévues. Ou dès que la géométrie est faussée, même de façon imperceptible pour le conducteur, par le premier coup de trottoir…

Un progrès à contre-courant

Quelle étonnante contradiction ! Le progrès technologique automobile semble, pour la première fois, avancer à contre-courant de sa logique historique : chaque génération de véhicules était censée être plus sûre que la précédente ; mais cette fois, la nouvelle l’est désespérément moins.

Nous voilà donc au volant de véhicules électriques qui semblent devoir exiger ces cours de pilotage jusqu’alors réservés aux heureux nouveaux détenteurs de supercars. Ou/et soumis à ces ADAS qui endorment la vigilance (cette sacrée homéostasie du risque qui nous fait facilement croire depuis la nuit des temps que les limites peuvent être dépassées). Pire : qui ne fonctionnent pas ou imparfaitement, au moment où ils devraient pourtant impérativement nous suppléer ; ou qui se déclenchent intempestivement quand rien ne le justifie…

En ce qui concerne les ADAS au moins, AXA n’est pas le seul assureur à s’interroger. Aux États-Unis, le tant répandu freinage automatique d’urgence commence à être publiquement décrié par ses confrères américains, voire même par les autorités de sécurité routière (voir «Des ADAS encore trop souvent à la ramasse ?»).

Constructeurs apprentis-sorciers ?

Tout cela semble hélas venir confirmer notre sentiment : pour des raisons qui nous échappent encore, ces systèmes d’assistance active semblent déployés avant qu’ils ne soient en mesure de rendre pleinement le service qu’ils assurent prodiguer. Les constructeurs veulent-ils ressembler aux fabricants de smartphone qui ont pris depuis longtemps cette agaçante habitude de faire “débuguer” leurs nouvelles productions par les premiers utilisateurs, pourtant des technophiles convaincus ? En matière de sécurité routière, ce n’est pas seulement énervant. C’est immédiatement dangereux et infiniment plus coûteux…

Mais ce n’est pas la seule inquiétude que nous inspire cette tendance. Si les ADAS suscitent plus d’inquiétude que de sérénité, le bon sens de l’automobiliste s’imposera de lui-même. Pour la même raison qu’il recourt peu à la fonction de parking automatique -les pré-requis pour son utilisation sont encore trop éloignés des réalités- il finira par renoncer à enclencher les autres fonctionnalités aux comportements trop erratiques ou à exiger des voitures non-équipées.

L’après-vente, victime indirecte ?

Vous l’aurez compris : alors que tous les professionnels sont encouragés à s’équiper dare-dare en systèmes de calibrage ADAS, le marché après-vente ne sera peut-être pas au rendez-vous si les systèmes d’assistance sont massivement boudés par leurs utilisateurs. S’ils ne les utilisent plus, pourquoi diable feraient-ils entretenir des fonctions aux si mauvaises réputations ou réactions ?

Les assureurs, qui attendent des ADAS tant de vertus sécuritaires, seront les premiers punis. Mais ils seront aussi les premiers à continuer d’en refuser l’entretien-réparation au juste prix, a fortiori s’ils n’en tirent non seulement aucun gain, mais même un accroissement de la sinistralité.

En ces temps de technophilie de plus en plus irrationnels, la promesse du mieux risque bien de devenir l’ennemi du bien, pour les consommateurs comme pour les pros de l’après-vente…

6 commentaires concernant “AXA s’inquiète des véhicules électriques… et des ADAS”

  1. Intéressant… les assureurs et les experts qui nous parlent depuis qq années de la baisse de la sinistralité prévue grâce au ADAS ! Le nombre d’entrées-atelier collision devaient être divisé par 2 dans les 5 ans ! Merci la technologie !
    Mais alors que penser de cette autre chimère dont on commence à nous parler : on souhaite remplacer les experts par de l’IA ? Si le résultat est le même que pour les ADAS… vivement les experts virtuels !

    NdlR: 😉Ce que les assureurs n’ont pas prévu non plus, c’est la cohabitation de véhicules à freinage robotisé avec ceux avec freinage « humain ». Vos ateliers ne sont effectivement pas près de se vider…

  2. Il y a un adage en informatique qui peut aussi bien s’appliquer à la voiture d’aujourd’hui pour les ADAS.
    La plus grande cause des bugs d’un ordinateur est bien souvent l’interface clavier/chaise.
    Suffit de remplacer par volant/siège pour la voiture…

    NdlR: 😉

  3. Tant que les véhicules seront équipés d’adas, les réparateurs seront obligés de les entretenir car leur obligation de résultat est en jeu.
    Le réparateur ne pourra pas savoir si l’automobiliste s’en sert ou non.
    Donc en cas de collision, les assureurs doivent prendre en considération le coût de remise en état et de réglage de ces systèmes. Il appartient à l’assureur d’intégrer ce coût dans le montant de la prime.

  4. Bonjour,
    A mon sens le 1er et plus important handicap des Adas est la connaissance par le conducteur et sa donc sa formation et la non homogénéité des équipements par les constructeurs.

  5. Après les IA, les ADAS et compagnie !? On nous avait déjà fait le coup.
    L’intelligence, par trop artificielle, annoncée pour demain sera, probablement, présente dans un après-demain lointain et incertain. Notre naïveté a surement pâti d’un enfumage sophistiqué des start-ups, grandes leveuses de fonds devant l’Éternité.

    Les aides à la conduite, quant à elles, modèles de vertu du conducteur sage et raisonné, ne seraient-elles pas aussi instinctives et puissantes que le cerveau humain ? La technologie ne serait-elle, alors, qu’une danse des 7 voiles, reléguant la raison dans l’arrière-boutique et laissant la pulsion tenir les rênes de notre réflexion ?
    Ce marché, disséqué, analysé, prospecté, prospectivé (je sais … j’aime les néologismes) ressemble à un terrain de jeu virtuel sur lequel les industriels, les négociants et autres bâtissent des stratégies qui ont un objectif principal, voire unique : faire parler d’eux.

    Je ne leur jette pas la pierre, c’est notre monde – culture – civilisation, notre siècle, comme diraient les anciens, qui veut ça. J’exprime un vœu : que celles et ceux qui sont dans la réalité, même s’ils ont la tête dans les étoiles, restent les pieds sur terre. Pour le dire autrement : on n’investit pas dans un marché hypothétique, on investit dans son métier et le métier évolue dans un temps qui n’est pas celui de l’innovation, ni de la mode. C’est un temps plus long, comme celui de la statuaire, pas de la photocopie. Je sais, il y a des jours où je suis en colère…

    NdlR: et c’est bien comme cela que l’on aime nos lecteurs: la colère du juste ne fait jamais reculer le monde…

  6. Article très intéressant dans lequel on s’aperçoit des limites de la technologie qui tend à enlever toute responsabilité au conducteur… Je croise régulièrement en pleine nuit des véhicules uniquement éclairés à l’avant par les « feux de jour » sans aucun éclairage à l’arrière!! Très dangereux mais apparemment ça n’inquiète personne et surtout pas le conducteur dont le tableau de bord est éclairé et qui voit très bien avec ses feux de jours.
    A trop vouloir dé-responsabiliser les gens, on met en place des technologies contre-productives, c’est un comble!

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À propos de l'auteur

Jean-Marc Pierret

Editeur du magazine Après-Vente Auto et de son site Apres-vente-auto.com, Jean-Marc Pierret suit depuis 30 ans l'actualité stratégique du secteur de l'après-vente automobile.
Il se passionne tout particulièrement pour les mutations qui traversent et transforment le paysage de l'entretien et de la réparation automobiles.
Avec Stéphane Freitas, il co-dirige Pertineo Group qui détient les sociétés Publi Expert Gestion (Après-Vente Auto et Après-vente-auto.com), AM-Today (Am-today.com) et l'agence de communication Action Media.

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