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Pneumatique : un marché 2019 complètement à plat…

Le Syndicat des professionnels du pneumatique a dévoilé les chiffres du marché pour 2019. Chahuté par les mouvements sociaux, sans grande visibilité, les ventes de pneus ont reculé de 2,9% sur le segment TC4. Et certains acteurs souffrent plus que d’autres…

L’exercice 2019 ne restera pas dans les annales comme un excellent cru en matière de vente de pneumatiques TC4. Selon le Syndicat des Professionnels du Pneu (SPP), s’il avait pourtant bien commencé en janvier en volume d’enveloppes vendues (+17,4% par rapport à janvier 2018 !) ce n’aura été qu’un ‘simple’ rattrapage des deux et calamiteux derniers mois de l’année précédente. Car il est aussitôt retombé dès février (-3,5%) – plongeant même en mars à -12,7%- pour ne plus montrer que de vagues soubresauts en juillet (+4,1%) ainsi qu’en décembre (+1,2%)…

«Après la période 2015-2017 où le marché s’était montré très dynamique, l’année 2019 aura été le prolongement de 2018», confesse Régis Audugé, directeur général du SPP. Gilets jaunes fin 2018 et mouvements sociaux dus à la réforme des retraites fin 2019 n’ont certes pas arrangé les choses : «la périodicité habituelle du marché, avec notamment les deux derniers mois de l’année traditionnellement bons en termes de volume, nous ne la retrouvons plus sur les deux derniers exercices», ajoute Michel Vilatte, président du syndicat.

Pneus 4×4 et SUV ne font pas tout…

Dans le détail, les pneus tourisme ont vu leurs volumes de vente reculer de 2,7% quant celui des camionnettes dégringolait de 7,3%. Seul le segment des pneus 4×4 et SUV tient la route. Ce dernier continue de bénéficier de la progression de ce type de véhicules dans le parc roulant et afficherait une forme presque olympique au regard de ses petits camarades, avec une croissance de 1,2% de ses volumes.

Mais pas de quoi renverser la vapeur pour autant. Les hausses des volumes de pneus 4X4/SUV tournaient certes autour de +10% les années précédentes mais pour une typologie d’enveloppe ne représentant que 5,3% des volumes de vente en TC4 (contre 85,8% pour le pneu tourisme)…

Recul en volume et en valeur

In fine, le marché du TC4 accuse en 2019 un recul de 2,9%. Il se sera écoulé, au travers du panel d’acteurs analysé par le SPP (spécialistes, fast-fitters et centres auto, soit environ 60% du marché), 18,2 millions de pneumatique contre 18,75 millions un an plus tôt : soit près de 550 000 enveloppe restées dans les racks !

A cette baisse de la volumétrie du marché vient s’ajouter une problématique financière pour les points de vente du panel analysé par le SPP. Car le prix des pneus TC4 n’a que (trop) peu augmenté 2019 : +1,3% en 12 mois.

La hausse en valeur n’a pu compenser la baisse des volumes. Le chiffre d’affaires des ventes de pneus TC4 s’est établi à 1,581 Mds € en 2019, soit une baisse de 1,6%. Cela équivaut à une perte de 26,36 M € de CA pour les professionnels, «des remontées terrain nous indiquant que certains commencent à connaître des problèmes de trésorerie», déplore le directeur général du SPP.

Les MDD boudées en 2019

Les marques dites premium, qui tirent historiquement le marché, continuent leur déclin amorcé depuis 2016. Elles ont connu en 2019 une baisse de 2,9% de leur volumes, mais restent toutefois loin devant en termes de parts de marché et représentent 57,66% des ventes. Cette lente érosion des premium a directement profité à leur marques B en 2017, avant une stabilisation en 2018. En 2019, leur position reste la même (+0,1% seulement), mais passe cependant la barre symbolique des 20 points de parts de marché. Pour mémoire, ils ne représentaient ‘que’ 15% cinq ans plus tôt.

Les ‘tradebrands’ –ou marques de distributeurs- sont la typologie de pneu enregistrant le plus fort recul, avec une chute de 23,7% de leurs volumes de vente en 2019 ! Un recul spectaculaire en deux petites années : ces MDD ne représentent plus en effet que 9,2% des volumes de vente total lorsqu’elles pesaient près de 12,5% en 2017… Et ce sont les ‘autres marques’ qui en profitent : qu’il s’agisse de marques asiatiques ‘budget’ ou de manufacturiers spécialisés type Nokian ou Vredestein, ce segment a progressé de quelque 16,2% en 12 mois.

«Le décrochage des MDD peut s’expliquer par les niveaux de prix pratiqués par les enseignes, avance Régis Audugé. Trop chères par rapport aux marques budget et pas assez dépositionnées par rapport aux marque B (NdlR : qui bénéficient de la caution et des technologies des manufacturiers premium), elles semblent ne plus trouver leur place sur le marché…»

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Le pneu toute saison garde la cote

Autre enseignement du bilan 2019 du marché des pneumatiques du SPP : la dynamique confirmée des pneus toute saison. Ils partent certes de presque rien, faute d’offre mise à jour jusqu’en 2015, date d’introduction sur le marché du CrossClimate par Michelin. Depuis, la concurrence a fourbi ses armes et le segment des pneus toutes saisons connaît une progression fulgurante : 0,7% de part de marché en 2014, 1,9% en 2015, 4,1% en 2016, 6% en 2017, 7,8% en 2018 et désormais 10,9% en 2019…

Cette progression s’opère au détriment du pneu été qui trône tout de même encore à 75,8% des ventes de TC4. Les pneus hiver eux affichent une relative stabilité : si les ventes ont en effet reculé de 3,6% en volume (du fait notamment de température basses arrivées trop tardivement), ils maintiennent leur position dans le mix des ventes, soit 13,3% des ventes, dans la mesure où le marché a lui aussi baissé en volume.

Canaux de distribution : les spécialistes en perte de vitesse
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L’étude des parts de marché par canaux de distribution vient éclairer certains basculements dans le comportement d’achat des consommateurs. Et ce sont les négociants spécialistes qui semblent le plus en souffrir : entre 2018 et 2019, ils perdent en effet du terrain par rapport à leurs concurrents (centre auto/fast-fitters et les ‘autres’, soit les réseaux de marque et les MRA qui semblent en reconquête) et ce, sur tous les segments de marché. Ils perdent ainsi près d’un point sur le pneu tourisme, 4,5% sur le pneu 4×4 et SUV et enfin près de 5 points sur les pneus de camionnette. Leur segment historique…

Il apparaît en outre que les pneus du segment TC4 en progression, soit les pneus 4×4 et SUV, soient logiquement accaparés par les réseaux de marque. Les véhicules sont plus récents dans le parc roulant et fréquentent encore les RA1 et RA2.

Quant aux pneus pour VUL, les groupements indépendants (par exemple au travers d’initiatives telles Utilitaire service Center chez Alliance Automotive Group), les constructeurs mais aussi les pure players structurent davantage leur offre que par le passé.

Il faut y voir le recul de 7,3% des volumes de vente mentionné plus haut. Ce reflux ne saurait être lié à une baisse d’activité, mais bien plutôt à une baisse de parts de marché des spécialistes sur ce segment.

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À propos de l'auteur

Jérémie Morvan

Jérémie Morvan est Rédacteur en Chef d'Après-Vente Auto. Il est aussi Président du Jury des Grands Prix Internationaux de l'Innovation Automobile pour Equip Auto. Il suit le secteur de l'après-vente et de l'entretien-réparation depuis 2004.

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