Diesel sans NOx : Bosch peut-il encore sauver le soldat Diesel?

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En perfectionnant sa technologie diesel existante, Bosch annonce avoir abaissé les émissions de NOx à 13 mg/km, soit 10 fois moins que la future réglementation européenne de 2020. Et ce, sans impacter la consommation de carburant et donc les émissions de CO2. Pour sauver le Soldat Diesel asphyxié par le Dieselgate, Bosch a sorti le grand jeu. Mais n’est-il pas déjà trop tard ?

Pour sauver le Soldat Diesel asphyxié par le Dieselgate, Bosch a sorti le grand jeu. Mais n'est-il pas déjà trop tard ?

Est-ce le rebondissement qui peut ressusciter le Diesel ? En tout cas, Bosch vient peut-être bien de réécrire le scénario qui semble vouer ce carburant, victime collatérale du scandale VW, à une mort industrielle aussi injuste que quasi-certaine.

Gros effet d’annonce

Pour se donner toutes les chances de se faire mondialement entendre, Bosch a parfaitement géré son effet. Volkmar Denner, le président du groupe, a saisi l’occasion de sa conférence de presse annuelle du 25 avril dernier pour l’annoncer urbi et orbi : en perfectionnant la technologie actuelle, les ingénieurs maison semblent bien avoir réussi le tour de force de réduire drastiquement les émissions de NOx.

A un point tel que les niveaux enregistrés avec ce système revisité représentent environ 10 fois moins que le seuil fixé par… la réglementation devant intervenir en 2020 ! Logiquement, l’annonce fait déjà grand bruit. Elle semble d’autant plus crédible que le monstre industriel et technologique de Stuttgart n’a guère la réputation d’un bonimenteur, encore moins d’un bluffeur. Au service du Soldat Diesel qu’il a bien l’intention de sauver, le premier équipementier mondial vient ainsi de mettre tout le poids de ses 78,1 milliards d’euros réalisés en 2018 (dont 47,4 milliards dans sa seule activité auto) et toute sa crédibilité de leader européen des dépôts de brevets.

13 mg de NOx selon la norme actuelle, 40 mg en conditions réelles !

Car en bon champion mondial du moteur Diesel, Bosch ne veut pas d’un avenir –tout du moins à court terme– sans ce carburant. En mobilisant ses capacités d’innovation sur une technologie que les Cassandres toujours plus nombreuses vouent aux gémonies, Bosch vient démontrer d’une éclatante manière que le Diesel peut s’avérer particulièrement propre.

Qu’on en juge : alors que la législation actuelle impose de ne pas dépasser 168 mg/km selon la norme RDE (norme basée sur un mix de trajets urbains, interurbains et autoroutiers), et que le prochain seuil a été fixé à 120 mg/km à partir de 2020, les véhicules équipés de cette nouvelle technologie ont atteint… 13 mg/km !

Mieux : les tests réalisés en condition réelle, sur un parcours urbain particulièrement exigeant, ont abouti à 40 mg/km, affirme Bosch. Soit 3 fois moins que le maximum autorisée en 2020. «Le diesel a de l’avenir, s’est donc réjoui Volkmar Denner. Les émissions ne seront bientôt plus un sujet».

Réactivité et haute température

Comment cette avancée décisive a-t-elle été rendue possible ? En jouant tout à la fois sur le système d’injection encore plus sophistiquée, un système d’air inédit ainsi qu’une gestion thermique intelligente. Les ingénieurs ont pu par ce biais contrecarrer les deux principaux facteurs d’émissions de NOx : le type de conduite adopté par l’automobiliste et l’irrégularité de la température d’échappement.

Bosch a ainsi conçu un système d’air plus flexible et réactif, avec notamment des turbocompresseurs au temps de réaction raccourci associés à un recyclage des gaz d’échappement haute et basse pression. Concernant la gestion de la température, qui doit atteindre 200°C afin que les gaz d’échappement soient débarrassés des NOx, l’équipementier a élaboré un contrôle actif afin que le système d’échappement reste en toute circonstance à sa température idéale. Ainsi, même durant des trajets urbains où les arrêts fréquents refroidissent le système d’échappement, ce dernier fonctionne de manière optimale.

Une simple « évolution »

Vu les performances annoncées, on regretterait presque que Bosch n’y ait pas pensé plus tôt. D’autant plus qu’il ne s’agit même pas là d’une de ces révolutions technologiques potentiellement synonymes de surcoût ou d’industrialisations plus ou moins complexes.

Non. Rien de tout cela. Ce nouveau système n’est « que » basé sur des pièces et autres composants d’ores et déjà disponibles sur le marché. «Nous repoussons les limites de ce qui est techniquement possible, déclare le président du directoire. Grâce à la toute dernière technologie de Bosch, le diesel affiche de faibles émissions et demeure abordable.»

Performances en CO2 intactes

Revoilà donc le Diesel brutalement propulsé de la zone des relégables à celle du podium écologique. Car Bosch l’affirme : les modifications apportées n’influencent pas la consommation de carburant ; les émissions de CO2 restent avantageuses par rapport aux moteurs essence.

Reste donc à réhabiliter cette inaudible évidence couverte par le retentissant scandale mondial : le bilan énergétique reste toujours favorable au diesel ; parce qu’il consomme environ 20% de moins qu’un moteur essence, il épargne mécaniquement 20% de CO2 à la planète…

Bosch, vert foncé

Volkmar Denner a donc réclamé que le critère du CO2 revienne au centre des débats. Car si le «Dieselgate», apparu fin 2015, a braqué le projecteur sur les émissions de NOx des moteurs diesels, il estime que le débat vient d’être clos.

Fort du constat, Volkmar Denner s’est alors fait vert foncé. Il a demandé à ce que la consommation des véhicules mis sur le marché ne soit plus exclusivement définie en laboratoire, mais également en condition réelle de roulage, arguant que cette méthodologie s’alignerait sur celle déjà mise en place pour les émissions de gaz. «Cela signifie davantage de transparence pour le consommateur et de cohérence en matière de lutte contre le réchauffement climatique.»

Est-il encore temps ?

Aussi spectaculaire soit ce retournement de situation, reste à savoir si le point de non-retour n’a pas déjà été franchi par l’opinion mondiale, les gouvernements et les constructeurs eux-mêmes.

Purifier le Diesel était certes un étape essentielle que Bosch vient de franchir avec brio. Mais seul l’avenir proche dira si l’innovation de l’équipementier n’arrive pas trop tardivement pour réussir à assainir l’atmosphère de suspicion qui a déjà presque asphyxié l’une des plus anciennes motorisations de l’histoire de l’automobile…

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