Autodis Group suspend son entrée en Bourse!

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Tous ne seront pas surpris de voir Autodis Group renoncer sur le fil à son introduction en Bourse. Les paris sur son retrait allaient bon train depuis de longs mois. Mais le possible coup de bluff est toutefois jugé très improbable par le monde de la finance qui note que le process est allé trop loin pour avoir été factice. Début d’explications…

Cliquez sur l’image pour télécharger le communiqué de presse d’Autodis Group

A quelques jours de la date fatidique de son introduction en Bourse, Autodis Group vient de jeter l’éponge. Dans un communiqué laconique, le groupe de distribution explique ainsi sa décision : «Autodis Group et son actionnaire Bain Capital ont décidé de suspendre le projet d’introduction en bourse de la Société. En dépit de premiers contacts avec les investisseurs témoignant d’un fort intérêt pour l’entreprise, son modèle et ses projets de développement, notamment à l’international, l’environnement de marché particulièrement prudent ne permet pas aujourd’hui de refléter pleinement le potentiel d’Autodis Group.»

Le report n’est pas assorti d’un délai précis. Et déjà, les analystes considèrent qu’il ne faut probablement plus rien attendre pour 2018. Et certains chuchotent même que le train boursier pourrait être définitivement passé…

Un contexte pourtant porteur

C’est en tout cas une surprise. Il y a encore quelques jours, tous les indicateurs étaient au vert. Malgré une relative volatilité, Euronext reste orienté à la hausse. A 2 400/2 500 points, le marché où allait s’élancer Autodis Group atteint son plus haut niveau depuis 10 ans. Les investisseurs ont les poches pleines et les grands concentrateurs, nord-américains en tête (LKQ Corp, GPC et autres Uniselect) ont déjà largement évangélisé des investisseurs historiquement loin du monde de la rechange automobile.

Dans ce contexte porteur, le groupe de distribution avait bouclé tous les longs et coûteux travaux préparatoires. On n’attendait plus que la fourchette d’évaluation de la valeur introductive de ses actions, ultime étape avant une introduction officieusement calée pour tout début juin. Les analystes, globalement, estimaient que la valorisation attendue autour du milliard n’était pas hors de portée. Il ne restait plus qu’à rejoindre la ligne de départ pour enflammer les enchères à la corbeille…

Les conjectures vont aller bon train

Que s’est-il passé ? L’enthousiasme initial pour ce qui devait être la plus importante introduction de l’année s’est-il finalement tari ? Les analystes largement sensibilisés et autres pool bancaires recrutés pour acheter et placer des centaines de milliers d’actions chacun ont-il finalement eu du mal à épouser les arguments déployés depuis plusieurs mois par d’importants moyens de communication ? Ont-ils eu le sentiment qu’il était trop incertain de tout miser sur la casaque rouge-toque blanche d’Autodis Group ?

Peut-être faut-il aussi voir dans cette brutale renonciation les effets d’inquiétudes bien étrangères à la distribution auto, soulignent des investisseurs. L’étrange attelage qui se profile à la tête politique de l’Italie (un cheval rouge peut-il raisonnablement s’entendre avec un cheval noir ?) peut aussi avoir brusquement obscurci les ambitions transalpines d’Autodis. Et par ricochet, refroidi des investisseurs hyper-sensibles aux variations de températures politiques et économiques. D’autant que ces derniers jours ont montré un début de contamination en Espagne, autre territoire de chasse annoncé par Autodis…

Mieux vaut se désengager avant la course

En attendant de plus amples explications, il est certain que si Autodis Group vient de refuser l’obstacle, c’est parce que de solides doutes l’ont empêché d’espérer finir la course suffisamment bien placé.

Bain Capital, son actionnaire principal, a la rare réputation d’être à la fois analytique et pragmatique. Et en matière d’introduction boursière, il vaut toujours mieux ne pas s’élancer que d’avoir à jeter l’éponge en pleine bataille. Dans le premier cas, la plaie d’orgueil s’oublie vite. Mais dans le second, un volte-face en pleine course financière marque l’entreprise d’une durable infamie financière auprès d’investisseurs ayant à refermer leur coffre sans pouvoir y ajouter les plus-values promises.

Une valeur intacte ?

A n’en pas douter, les nombreux observateurs qui prédisaient qu’Autodis Group n’irait pas jusqu’au bout du process d’introduction vont être ravis d’avoir eu raison. Même probable soupir de satisfaction chez ceux qui voyaient dans ce projet un simple budget de communication pour attirer d’autres éventuels repreneurs en exhibant le milliard espéré et validé jusqu’ici.

Et comme le dit un analyste : «Si l’on veut s’offrir une société cotée en Bourse, il faut ajouter environ 20% au cours de l’action pour réussir une OPA. Ce qui, techniquement au moins, fixe le prix théorique d’Autodis Group entre 1 et 1,2 milliard d’euros selon qu’on le reprenne avant ou après son introduction».

Improbable coup de bluff

Dans le monde de la finance, personne ne veut toutefois croire au coup de bluff : «Trop avancé dans le process d’introduction pour que cette théorie soit encore crédible», disent-ils tous en substance. Mais ils n’excluent pas pour autant que Bain Capital cherche maintenant à réaliser son investissement d’une autre façon. «L’argent à investir coule à flot en ce moment. Et des entreprises comme Autodis Group peuvent espérer être achetées par des fonds d’investissement jusqu’à 10 fois leur Ebitda», évalue un autre analyste.

Et dans ce cas, fort des 118 millions d’euros d’Ebitda affichés par le groupe en 2017 et multipliés par 10, on débouche sur… 1,18 milliard. CQFD ? Mais ce ne serait pas non plus la première fois qu’un mauvais raisonnement déboucherait sur le bon résultat.

En tout cas, en Bourse ou pas, Autodis Group reste donc une valeur sûre…

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