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Recensement des ateliers ouverts : faire primer l’intérêt public

Malgré les turbulences et les incertitudes liées aux mesures de confinement, la profession de réparateur est en train de se mobiliser pour identifier les ateliers ouverts. Mais si l’on voit émerger des stratégies de mise en commun des moyens et des informations, la dispersion des initiatives reste la norme quand l’intérêt public du moment réclamerait des acteurs de la filière une démarche générale…

Au neuvième jour du confinement de la population française face à l’épidémie de coronavirus Covid-19, les acteurs du secteur de la réparation auto se sont mobilisés et parviennent petit à petit à identifier les ateliers restés ouverts en grand ou pour un service minimum, afin de répondre aux besoins des professionnels contraints de rester actifs sur le terrain et aux urgences des particuliers. « En 2 jours, nous avons recensé sur Vroomly plus de 1 500 garages prêts à recevoir des clients si nécessaire ! » se réjouit Alexis Frèrejean, cofondateur du comparateur de garages.

Benoît Yèche, responsable marketing du site web, précise qu’après avoir demandé à leurs clients automobilistes d’ajourner leurs rendez-vous, dès le 15 mars dernier, les équipes de Vroomly ont rapidement pris conscience qu’il y aurait des besoins d’urgence auxquels les pros devraient bel et bien répondre. « Dès le lendemain, nous avons donc demandé à nos 1 750 garages adhérents de renseigner s’ils restaient ouverts ou non, explique-t-il. Certains sont ouverts pleinement, d’autres n’ouvrent leur atelier que sur rendez-vous, mais à partir de là, nous avons suspendu notre module de prise de rendez-vous en ligne et mis à disposition gratuitement notre plateforme à tous les garages qui le souhaitent pour relayer leurs numéros de téléphone afin que les clients puissent les appeler directement. »

Vroomly et le CNPA main dans la main

Ainsi, quelque 500 garages référencés par Vroomly ont répondu présent à la sollicitation du site web, ainsi qu’environ 1 000 autres qui ne sont pas référencés sur la plateforme. « Les automobilistes qui en ont besoin peuvent renseigner la prestation voulue et le secteur dans lequel ils se trouvent afin d’avoir les coordonnées des ateliers ouverts dans leur périmètre, confirme Benoît Yèche. Lorsqu’ils le souhaitent, les garages peuvent aussi rendre visibles leurs tarifs. » Ce qui pourrait passer pour un outil de prospection en temps normal n’est pas conçu comme tel par Vroomly. « Les garagistes n’ont pas la tête à ça, nous ne faisons que leur apporter de l’information, souligne le responsable marketing. Nous le faisons de la même manière sur notre blog, afin de les informer sur la disponibilité des pièces dont ils ont besoin en ce moment ou sur le chômage partiel, par exemple. »

Les 1 500 garages recensés comme ouverts au moins en service minimum par Vroomly sont divers. « Plus d’un millier sont des MRA, avec ou sans enseigne, précise Benoît Yèche. Entre 300 et 400 sont sous enseigne de centre auto ou de réparation rapide… Nous sommes par ailleurs en relation avec le CNPA afin de mutualiser nos efforts et pouvoir renseigner également sur notre plateforme les réparateurs agréés des réseaux constructeur. » Car, de son côté, le CNPA a souhaité recenser et localiser de manière précise toutes les entreprises des métiers autorisés à ouvrir, et qui le sont effectivement. Aussi, il a sollicité ses entreprises adhérentes afin qu’elles mettent à jour leur profil sur le site Internet de l’organisation professionnelle, et qu’elles indiquent toutes les informations nécessaires (localisation, horaires d’ouverture, numéros d’appel, etc.) afin de constituer une liste utile aux automobilistes.

Un dispositif « au service de tous les Français »

Dans un communiqué, le CNPA confirmer effectivement travailler « en étroite collaboration avec la startup Vroomly, qui va mettre sa plateforme à disposition, afin qu’une cartographie des entreprises ouvertes puisse être rapidement opérationnelle ». L’organisation professionnelle confirme qu’à ce jour, près de 1 500 entreprises actuellement ouvertes ont d’ores et déjà été référencées par le site web. Et le CNPA confirme se mobiliser activement auprès des professionnels « afin que cet annuaire puisse être enrichi progressivement et rapidement », notamment des RA1 et RA2 assurant eux aussi un service minimum.

La fédération annonce que ce dispositif permettra de valoriser les actions de solidarité « qui se développent partout dans l’ensemble de nos métiers, au service de tous les Français, entreprises comme particuliers ». Xavier Horent, délégué général du CNPA, souligne que « tous [les] canaux d’information [du CNPA] sont ouverts à toutes les entreprises sans exception, dans la mesure où il s’agit de remporter une victoire en prévoyant aussi les conditions d’un redémarrage ordonné et rapide de toutes les activités. Chacun doit participer à cet « effort de guerre », et nous avons besoin de tous, des startups les plus innovantes à nos ETI pour maintenir notre filière debout », insiste-t-il.

IDGarages annonce 1 200 ateliers ouverts

D’autres sites web permettant de comparer entre eux les garages se sont lancés dans une démarche de recensement des ateliers ouverts. A l’image d’IDGarages, qui a lancé l’opération « Garagistes, vous avez la clé » afin de permettre à ses plus de 4 000 réparateurs référencés de mettre à disposition leurs véhicules de courtoisie ou leurs équipements de protection individuels, gants en masques notamment. « Depuis le début de la période de confinement, iDGarages.com fait tout pour aider ces héros anonymes qui œuvrent pour l’intérêt général de la France, déclare Jonathan Bloch, directeur général de la startup. Tous les jours, [nos] équipes réservent un accueil personnalisé et individualisé à chaque demande émanant d’une personne essentielle à la continuité du pays. Nous leur permettons de trouver rapidement une solution de réparation dans l’un des 1 200 garages actuellement ouvert sur notre plateforme. »

Parmi eux, peut-être des garages membres de l’un ou l’autre des réseaux d’entretien et de réparation d’Alliance Automotive Group (AAG) ? Parce qu’après avoir annoncé la fermeture puis la réouverture de leurs distributeurs, la semaine dernière, AAG confirme qu’un nombre important de garages parmi ses ouailles sont restés ouverts. « Entre 450 et 500 ateliers, toutes enseignes membres d’AAG confondues, assurent au moins un service minimum » nous précisait Vincent Congnet ce mercredi 25 mars. Ce qui confirme que chez Top Garage et Top Carrosserie, Précisium Garage et Précisium Carrosserie, Mon Garage et Mon Carrossier, Etape Auto, Garage Premier et Garage & Co., sans oublier l’enseigne de réparation poids lourds Top Truck, la volonté de répondre aux besoins d’urgence malgré les risques est présente.

La crainte des réquisitions s’éloigne

Ces nombreux exemples d’ouvertures d’ateliers, malgré le confinement et la crise de demande qui en découle, s’avère une bonne nouvelle pour un secteur de la réparation auto qui pouvait légitimement craindre, durant la première semaine de confinement, d’être soumise à des réquisitions aveugles de la part des pouvoirs publics pour l’entretien et le dépannage urgent des véhicules prioritaires. Peut-être est-elle en train de générer également une prise de conscience de la part des distributeurs de pièces de rechange et de concessionnaires de marque, encore nombreux à ne pas avoir relevé le rideau. Avec plus de 1 500 garages dont l’ouverture est confirmée, et sans doute plusieurs centaines, voire milliers, en plus aux six coins de l’Hexagone, fermer boutique pourrait bien apparaître encore comme le choix de la peur.

Car la peur, oui, est réelle chez bon nombre de chefs d’entreprise du secteur de l’entretien-réparation, dont l’on imagine sans mal la crainte à l’idée d’ouvrir leur établissement, même sous le régime du volontariat de la part de leurs collaborateurs, si d’aventure l’un de ces employés finissait contaminé par le Covid-19 dans le cadre de ses fonctions et décidait de se retourner contre son patron. Rester ouvert dans ces conditions suppose un légitime courage, individuel et sociétal, et les garages ouverts recensés de tous côtés est la preuve que ce courage n’est pas rare.

Où est l’initiative commune ?

Reste qu’en dépit d’actions en commun ou à tout le moins partagées, comme celles de Vroomly et du CNPA, l’initiative individuelle des différents acteurs du secteur de la réparation reste privilégiée, ne faisant pas mentir l’historique tendance qu’a la profession à évoluer en ordre dispersé. La FNA, qui estime de son côté à quelque 30% les professionnels de l’entretien-réparation ouverts actuellement, selon sa récente enquête, affirme avoir été sollicitée par des startups telles que Vroomly et IDGarages. « Nous n’avons pas encore tranché la question de notre participation à leur démarche, confesse Aliou Sow, secrétaire général de la fédération. De notre côté, nous avons proposé un partenariat aux pouvoirs publics afin de mettre en place une carte d’intérêt public, avec les contacts des réparateurs ouverts, qui pourrait être mise à disposition des automobilistes. »

Une démarche purement œcuménique impliquerait de fusionner toutes les listes établies de-ci, de-là au cours de ces derniers jours et de la diffuser via un site public auquel automobilistes et réparateurs auraient tous accès. Dans une situation comme celle que connaît la France actuellement, les impératifs commerciaux des entreprises privées ainsi que les enjeux de représentativité des organisations professionnelles devraient pouvoir être mis de côté pour bénéficier à l’intérêt, général, des usagers de la route devant absolument rester mobiles.

Combien de temps faudra-t-il donc avant que tous les pavillons particuliers ne soient baissés pour qu’un seul, général, soit levé ? Réponse, espérons-le, dans les prochains jours…

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