France 2 crucifie spécialistes et centres auto

En trois devis sous caméra cachée ponctués par l’interview masquée d’un “réparateur repenti”, France 2 a fait l’habituelle synthèse dans son «20 heures» du 10 septembre : même si le premier centre auto a été parfaitement honnête, les trois autres constats ont largement confirmé l’adage «réparateurs-voleurs»…

Cliquez sur l’image pour accéder au reportage de France 2 (allez à la 21ème minute et 19 secondes)

«Un document sur les pièges de la réparation automobile. Les centres autos poussent-ils à la consommation ? Notre enquête, images à l’appui», titre France 2 sur son site. On a l’habitude de ce type de reportage télé. Le journaliste prend une voiture qui vient d’être certifiée conforme par le contrôle technique ou dont la panne provoquée est identifiée et réputée simple à diagnostiquer. Il part ensuite en caméra cachée voir ce que le ou les réparateurs en diront et en factureront.

Cette fois, il s’agit d’une Renault Laguna de 5 ans et 77 000 km, toujours entretenue en temps et en heure. Préalablement passée au contrôle technique, elle en sort réputée parfaite. L’appât est prêt.  France 2, qui diffusait le 10 septembre ce sujet durant son «20 heures», présente maintenant le gibier :  des centres autos (et aussi des spécialistes), parce qu’ils proposent des interventions à prix imbattables, souligne en substance le début du reportage.

Et comme d’habitude hélas, ça va mordre à pleines dents, même si le premier arrêt du journaliste dans un centre auto de la région parisienne (en l’occurrence, c’est un fast-fitter du réseau Speedy) est brièvement encourageant. Trois réparateurs effectuent le check up demandé «pour contrôler une voiture qu’on vient d’acheter» et aboutissent aux conclusions du contrôle technique : les plaquettes avant sont certes usées, mais elles peuvent encore faire 15 à 20 000 km comme le contrôleur l’avait indiqué en préconisant de planifier en même temps le changement des disques avant. Pour le reste, pas de risque à se lancer sur les routes.

«J’ai pas le droit de vous laisser partir comme ça»

La rencontre suivante brise le charme. Le professionnel préconise le changement du liquide de frein (impossible de vérifier s’il est justifié ou non) et surtout, celui du liquide refroidissement au motif que «une pâte va se former, des petites algues vont se coincer»… On quitte l’allégorie marine pour du plus lourd : c’est ballot, les disques avant sont à changer. Et il faut le faire «maintenant, c’est hors cote». Devis final : 369,36 € TTC.

Avec son devis de 600 euros, la troisième et dernière tentative —encore un fast-fitter— est beaucoup plus caricaturale. Maintenant, ce sont les disques et les plaquettes avant qui sont à changer de suite ; quant aux disques et plaquettes arrière, il faut les remplacer vite car «ça ne passerait pas au contrôle technique»… Est-ce parce que le journaliste est cette fois une femme, donc réputée plus réceptive à la sécurité ? Le réparateur monte en tout cas d’un cran dans la logique de la peur et s’enfonce dans le piège : «J’ai pas le droit de vous laisser partir comme ça, je peux bloquer la voiture […] Bientôt il n’y a plus de freins. Si ça ne freine plus dans quelques kilomètres, moi je vais passer pour un voleur». «Merci beaucoup !», coupe la journaliste de France 2 qui s’enfuit, sa besace inespérément pleine…

«Celui qui part en vacances, il va prendre cher»

«Pourquoi trois devis différents pour la même auto», s’interroge la voix off  ? «La réponse, enchaîne-t-elle, ce sont peut être les employés qui la détiennent». Nous voilà donc maintenant avec un ex-salarié ayant travaillé 7 ans dans l’une des enseignes visitées. «Chacun sa façon de vendre, du moment que ça vend», souligne-t-il avant de raconter, voix et visage masqués, comment les salaires peuvent varier en fonction de la puissance de préconisation et comment on l’incitait à survendre pièces et prestations pour arrondir son salaire.

«Celui qui arrive en disant “je vais partir en vacances”, il va prendre cher : il n’a plus le choix». Jusqu’à parfois simuler des pannes qui n’existaient pas, accuse-t-il, telle cette fausse fuite de liquide de frein sur un tambour arrière : «ça fait 250 euros dans la poche». La caméra zoome sur une de ses fiches de paie : les primes amortisseurs, freins, filtration, s’empilent en plus de son salaire de base… «Le salaire initial de 1 450 € monte, grâce aux primes, à plus de 1 700 €», calcule le reporter.

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Bien sûr, la voix off poursuit en expliquant que l’équipe de France 2 a souhaité s’entretenir avec les enseignes en question qui ont décliné la rencontre, mais en précisant toutefois qu’il s’agit là d’anciennes pratiques qui n’ont plus cours.

En revanche, l’impression qui demeure à cette heure de grande écoute est, elle, toujours la même : tous des incorrigibles voleurs, ces réparateurs…

4 commentaires concernant “France 2 crucifie spécialistes et centres auto”

  1. Bonjour
    Je remarque encore une fois que l’on compare des choux et des patates.
    En effet le contrôle technique fait un test de freinage a 5 kilomètres heure et un contrôle visuel sans démontage du circuit de freinage.
    Alors qu’un professionnel de la réparation démonte les roues pour prendre les cote des disques et la température d’ébullition du liquide de frein (pour mémoire si la température d’ébullition est inférieure ou égale à 165 degrés, le constructeur préconise le remplacement). Il en va de même pour l’épaisseur d’un disque.
    Il faut peut-être choisir entre être en règle avec le code de la route et en sécurité lors d’un freinage sur autoroute!
    Je reconnais que les exemples sont bien caricaturaux; mais je peux faire le même reportage demain chez les concessionnaires.
    Bref, un garagiste c’est comme un médecin de famille: on en essaie plusieurs et on lui reste fidèle quand on a trouvé le bon.

    NdlR:
    Vous avez évidemment raison: le contrôle technique ne s’impose pas en la matière comme le juge de paix pour les raisons que vous évoquez. Cela dit, le passage au contrôle technique a été filmé, qui montre le contrôleur vérifiant assez finement les disques avant au moins. Il est impossible de savoir si, pour l’occasion, il a effectivement aidé le journaliste à préparer correctement sa « voiture-appât » en allant ou pas un peu au-delà du process standard de contrôle….

  2. Les centres autos ne sont que des monteurs de pièces et pas autre chose.
    La simple rémunération des « changeurs/salariés » le prouve allègrement.
    On appâte avec des tarifs préférentiels mais on multiplie les changements inutiles.
    Rien de nouveau à l’horizon et pendant ce temps-là, je récupère plein de voitures en panne qui sortent de ce genre d’endroits…

  3. C’est normal qu’il y ait de l’abus dans ce genre de centres autos car, comme vous le mentionnez, les employés ont un pourcentage sur le chiffre qu’il réalisent!

  4. Oui, ces pratiques ne sont plus d’actualités, comme d’habitude…; cela fait des années que c’est le cas et régulièrement, des reportages comme celui là prouvent le contraire…
    Il ne faut donc guère s’étonner de la mauvaise réputation des garagistes et autres réparateurs qui poussent à la consommation…

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