Témoignage – Prix fous (suite): « Ce genre de pratique de prix ne peut pas durer? Pas sûr »

Notre article d’hier sur les prix internet fous de Norauto.fr fait beaucoup parler. Il fait aussi réagir. Ce commentaire de « Jeep » (nous avons changé son nom) est de ceux que nous avons l’habitude de partager avec vous, tant il est pertinent et ouvre des pistes inexplorées. A vous de lire. Et de réagir à votre tour…

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C’est, vous le savez, la philosophie de notre site : les infos et les questions de nos lecteurs sont les nôtres car celles de la profession. Quand l’un d’entre vous pose les bonnes questions, réfléchit sur les grands défis et révèle quelques petites choses pas nécessairement bonnes à dire mais utiles pour “décoder” le marché, nous relayons ses réflexions vers vous. C’est le cas de ce commentaire qui vient de nous arriver à propos de notre article de ce matin «Prix fous sur Internet : comment Norauto.fr a fait moins cher que moins cher…».

Lisez-le, il est très pertinent et “sent le vécu”. Et réagissez si vous en avez envie : il y a dans ce texte quelques belles pistes que nous ne manquerons pas, pour notre part, d’aller explorer…

Bonne lecture… et bonne vacances à tous !

La rédaction

“A en discuter avec des distributeurs traditionnels, j’ai l’impression que tout le monde s’accorde à dire que ce genre de pratique de prix ne peut pas durer.

Je ne suis pas de cet avis du tout et c’est pour cela que je pense qu’il ne sert à rien de s’offusquer…  Je pense que cela va durer car si tout le monde le fait uniquement de temps à autre pour rappeler au client que sa société existe, cela peut continuer encore quelques années.

Un Norauto peut bien perdre (pour un coup de pub bien relayé– notamment par le journal Après-Vente) quelques milliers d’euros sur des ventes à prix cassé de balais d’essuie-glace Bosch.

Feu Vert peut bien perdre quelques milliers d’euros sur quelques pneus Michelin pour se faire de la pub (avec un rapport bancal et une pub radio nationale) en face des AlloPneus et autres 123 Pneus.

Un Oscaro ou Mister Auto fait parfois du grand n’importe quoi au niveau prix (et je pense même sans le vouloir parce qu’une plateforme ou une autre livre à un prix totalement délirant un produit qui a échappé à la “vigilance prix” de la plateforme).

Tout cela concerne principalement le net.

Mais alors, quid de la distribution traditionnelle qui n’a même plus la possibilité (de marge) de faire ce genre d’opération pour se faire entendre ?

Alors tel distributeur me parle de son service de livraison, l’autre me parle de ces clients de longue date, encore un autre me parle de ces clients qui se trompent en achetant sur le net et encore un autre me parle d’un pourcentage de vente de pièces qu’Internet ne dépassera jamais…

Mon avis ? L’histoire n’est pas finie.

Ce qui plombe le distributeur traditionnel, ce sont les frais et charges qu’un site Internet n’a pas (livreurs, magasiniers, commerciaux, etc.). Un Norauto ou Feu Vert peut se permettre de perdre de l’argent en le mettant sur le compte du «marketing vertical». Le garage peut avoir son 4532Z  (Ndlr : code Naf/APE pour «commerce de détail d’équipements automobiles») avec une telle facilité qu’il devient distributeur de pièces sans l’être et il sera de ce fait livré par les plateformes (dans beaucoup de villes, c’est le cas) – il demandera plus de remises à son distributeur.

Et le pauvre distributeur traditionnel ? Il lui manque de la marge, il est écrasé par les frais et charges (souvent inadaptés à la marge récoltée en volume de nos jours), il surstocke sans le vouloir, il est en face de garages qui achètent au même prix que lui à la plateforme (car aucune CCI ne refusera le 4532Z à un garage qui monte une enseigne à 500 euros de capital en s’appelant distributeur), il est en face de garages qui achètent chez Oscaro, Mister Auto ou Allopneus pour le prix, il rend service (sans se faire payer), il identifie les pièces que ses clients vont acheter ailleurs, il reprend les pièces sans broncher, il est pris au piège par des équipementiers qui l’obligent de mettre en place des stocks énormes, etc.

Heureusement que la quasi-totalité de ces distributeurs est liée à des collectionneurs de bonus (ou centrales d’achat/groupements) qui sont financièrement capables d’aider ces distributeurs. Mais la finalité, c’est quoi ?

Pour le distributeur traditionnel, la plainte de Bosch contre Oscaro n’a aucune valeur. Cela ne lui amène aucune marge…

Sincèrement, j’ai l’impression qu’entre le haut du sandwich (les équipementiers et plateformes et Internet) et le bas du sandwich (le garage et le particulier averti), le distributeur ne peut faire que “la tranche”» (du milieu)… Et la marge de cette tranche, elle se réduit comme peau de chagrin.

A la question d’un distributeur traditionnel «qu’est-ce que je peux faire ?» aujourd’hui, je ne peux donner aucune réponse positive.

Se plaindre ? Dégraisser ? Virer du personnel ? Baisser les prix ? Baisser les stocks ? Enlever des services ? Arrêter les investissements ? Demander des délais de règlements à son groupement ? Fermer des points de vente ? Acheter des garages pour maintenir le chiffre ? Créer son propre site Internet pour essayer de limiter la casse ? Acheter hors frontières pour garder un peu de marge ? Tout cela est plutôt négatif…

En tant que commercial, j’aimerais donner une réponse positive à ces distributeurs, mais je n’en trouve pas… Vous en avez une à donner ? Je suis preneur…

Jeep

Ndlr : vous l’avez compris : nous sommes preneurs aussi…

Retrouvez les principaux témoignages sur le sujet en cliquant ici

6 commentaires concernant “Témoignage – Prix fous (suite): « Ce genre de pratique de prix ne peut pas durer? Pas sûr »…”

  1. Dans le bâtiment, de plus en plus d’artisans se regroupent en coopérative pour obtenir des conditions d’achat cohérentes sur leur matériaux.
    L’artisan est adhérent de son système en achetant des parts sociales (pas de cotisation annuelle)…
    A quand la même chose chez les garagistes?

  2. Effectivement, ces commentaires sont bourrés de bon sens… mais surtout d’hypocrisie !

    La chaîne de distribution française est la plus gourmande qui soit! 10 étages de fusée avant de vendre la pièce au particulier! Alors bien entendu, la faute doit être chez l’un ou chez l’autre des étages ; mais que chacun des étages commence par faire ou refaire son travail correctement et tout ira(it) bien!

    Ce travail devant finir un jour ou l’autre par réduire le nombre d’étages ou le nombre d’acteurs par étage va-t-il donc régler pas mal de problèmes de rentabilité?

    Les sites internet ou autres casseurs de marché ne sont le fruit que d’un gavage des étage! Comme l’était la situation des plateformes il y a quelques années en arrière et la conséquence de celles-ci!

    Quelle tristesse de voir tout le monde patauger sans chercher à mettre sur la table les dures réalités de la distribution et donc, les solutions.
    Trop simple de demander aux équipementiers de payer «à la place de»! Vive les distributeurs qui investissent, qui forment et informent leurs clients garagistes des mouvances du marché et qui seront là demain, avec ou sans groupement!
    Ceux qui ne proposent qu’un comptoir de 2 m de long et qui prétendent devoir livrer 12 fois par jour les garagistes pour exister, eh bien ceux-là disparaîtront pour le bien-être de la distribution! Mais aussi pour le malheur (ou le bonheur?) des groupements qui ne pourront plus se targuer d’avoir des centaines de points de vente (bien trop inertes!) comme justification à une course à l’armement pour avoir l’air d’être fort.

    Ces mêmes groupements devront faire le choix d’une distribution sélective en mettant enfin les marges arrière ou elles doivent être : sur le terrain pour aider la distribution, en obligeant celle-ci à se repositionner pour ne pas mourir!
    Que les équipementiers aussi fassent leur travail et pas seulement celui de gaver les clients comme des oies avant Noël, en espérant que le foie sera meilleur!
    Alors que les rois du commentaire crient au loup en voyant les prix de certains me semble logique! Mais que chacun se regardent dans la glace avant de tirer sur l’autre! Et encore moins sur les ambulances!
    Bonnes vacances à tous!

    RIRI, un ami qui vous veut du bien !

  3. Marre d’être pris pour des imbéciles depuis des années nous nous servons des grandes marques pour pouvoir être pris pour des pros……….. Maintenant, ces mêmes grandes marque d’équipementiers qui crient aux loups parce que les constructeurs les font trop composer!!!!!!! et qu’il ne gagnent pas assez sont obligés de licencier ?????.
    Ils sont capables comme Bosch de nous faire croire qu’ils ne sont pas d’accord pour vendre si bas????? C’est réellement se foutre de nous.
    Même le monsieur de chez Carglass le dit: Bosch, c’est de la qualité!!!!!! voila une valeur sûre et une belle référence……….
    Moi j’ai réagi et j’espère que nombres de mes collègues vont en faire autant: j’ai purement et simplement fait place nette de cette marque; je propose, comme les médicaments, de balais génériques. Mes clients y trouvent leur compte et moi, je préserve ma marge. Ah oui, j’oubliais de vous dire ……………… Dans la boite, c’est des Valeo ………….

  4. Il faut prendre de la hauteur. Le marché devient global (Européen dans un premier temps et mondial dans le futur).
    Les centrales d’achats regardent déjà les prix des équipementiers à la loupe ce qui entrainera un lissage des prix au niveau européen. La baisse de la rentabilité conduira à des prises de décisions douloureuses pour l’ensemble des acteurs du marché…
    La marge se réduit, le niveau de distribution et de service aussi !
    L’hyper communication autour de « je suis le moins cher que tout le monde » n’est malheureusement pas terminé.
    Pour quand :
    – Les hyper plateformes Européennes ?
    – Les salles de marché pour négocier les prix des pièces des équipementiers ?
    – Les pièces chinoises avec des niveaux de marges en rapport avec les prix d’achats ? (déjà en applications en Angleterre).
    – Les plateformes de distribution des équipementiers ?

    L’individualité équipementiers / distributeurs ne payera malheureusement pas…

    Le dialogue est presque rompu, la stratégie de réussite commune aussi.

    • L’encadrement des prix de vente en regard des prix d’achat, ça fait un peu soviétique comme méthode!!!
      Ce qui assez drôle c’est qu’aux USA, une telle polémique ne se poserait pas une seconde.
      A force d’assister les gens, on les lénifie et on les manipule comme on veut…
      J’ai de plus en plus l’impression que le Français est une pleureuse…

  5. Une solution pour les distributeurs??? Y’en a plusieurs!
    La première c’est d’arrêter de regarder les marges qu’ils faisaient il y a 10 ou 20 ans, la seconde c’est de s’organiser entre eux, mais entre indépendants l’organisation est toujours difficile vu que le voisin pourrait me piquer des clients…
    Il y a aussi des perspectives à entrevoir plutôt que de se morfondre sur son statut de gros commerçants, mais pour ça il faut avoir des idées, ou sentir l’avenir… Par exemple, une fois ces pièces pas chères usées, on en fait quoi?
    Il parait que le recyclage est une voie pour demain, un distributeur recycleur ça aurait un peu de gueule dans l’éco-économie.. Ah oui, il faut investir pour ça! Pas leur fort aux distributeurs d’investir, réfléchir c’est commencer à désobéir au groupement ou aux fournisseurs…
    La pièce est en train de pâtir d’internet, demain la peinture, après-demain la distribution de véhicules neufs, mais tout ce petit monde se morfond et se remorfond.
    Les grosses machines ont misé sur la pub: Norauto, Feu Vert, Carglass, Axa, Maaf… Parce que leur modèle économique actuel souffre et le temps d’en trouver un autre, il faut rester visible. Ceux qui ne sont pas visibles aujourd’hui devraient réfléchir à ce qui se fera demain et sera rentable, et pas à chercher à faire de la pub.

    En même temps, la stratégie technologique n’est pas forcément le fort des distributeurs traditionnels!

    Pour ceux que ça intéresse, j’ai un catalogue de solutions pour demain…
    La rédaction pourra, si elle peut nous mettre en contact

    Ndlr: Tout ce qui explore l’avenir de l’après-vente nous intéresse. Vous pouvez entrer en contact avec nous: redaction@apres-vente-auto.com.
    A bientôt!

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