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Goodyear invente le pneu qui s’autorégénère

Des capsules de liquide qui autorégénèrent la bande de roulement, des fibres inspirées des toiles d’araignées et annoncées comme durables et biodégradables, une structure légère pour un entretien réduit : Goodyear a présenté le 3 mars dernier son tout dernier concept de pneumatique baptisé reCharge et il ouvre plein de perspectives d’avenir.

Remplacer les composants au lieu de changer le produit complet, le monde de la téléphonie mobile s’était saisi de l’idée il y a quelques années avec la société Fairphone. Mais l’on n’imaginait pas vraiment qu’un produit comme le pneu puisse être concerné par une telle solution. Pourtant, Goodyear s’est engagé dans cette voie en dévoilant, le 3 mars dernier, son tout dernier concept de pneumatique destiné aux véhicules électriques. Dénommé reCharge, il est développé par le GIC*L, le centre d’innovation Goodyear au Luxembourg.

Pour l’occasion, le manufacturier s’est fendu d’une conférence de presse en ligne internationale –qui devait initialement avoir lieu sur le Salon de Genève, annulé pour cause de coronavirus– au cours de laquelle il a dévoilé les caractéristiques de ce concept étonnant, qui pourrait préfigurer plusieurs des solutions adoptées sur les VE de demain.

Une capsule rechargeable pour remplacer le mélange de gomme

C’est dans ce type de capsules, qui se chargent au centre de la roue, que les différents mélanges de gomme Goodyear seront fournis.

Concrètement, quelles sont les innovations avancées par ce pneumatique ? D’abord, outre sa dimension surprenante et sa bande de roulement garnie de pavés bien séparés les uns des autres, c’est le remplacement de son mélange de gomme qui interpelle. C’est de là que vient le nom du concept, reCharge.

En effet, ledit mélange est fourni dans des capsules individuelles et celles-ci, lorsqu’elles sont placées dans le compartiment situé au centre du pneu, libèrent leur contenu, qui vient bel et bien remplacer le mélange de gomme usagé et régénérer ainsi la bande de roulement. Les capsules sont remplies d’un mélange de liquide personnalisé, adaptées aux conditions climatiques de route ou à la façon dont l’automobiliste conduit.

Durant sa conférence de presse, Goodyear a mis en avant trois capsules de couleurs différentes : l’une permettant au concept reCharge d’adopter les caractéristiques d’un pneu été, et les deux autres baptisées “Emma’s blend” “Geneva blend” (“mélange d’Emma” et “mélange de Genève” en français), dont le contenu n’a pas été précisé mais qui témoignent de la capacité d’adaptation des différents mélanges de gomme de Goodyear aux conditions locales de circulation, au besoin, ou aux conducteurs eux-mêmes. En effet, le manufacturier précise que «grâce à l’intelligence artificielle, un profil de conducteur pourrait être créé pour personnaliser encore davantage le mélange de gomme afin qu’il soit adapté à chaque automobiliste».

Goodyear annonce des matériaux durables

Puisqu’il s’agit d’électromobilité, donc de la mobilité de demain, et que demain sera écolo ou ne sera pas, Goodyear souligne que le mélange de gomme qui sera proposé dans les capsules destinées au reCharge sera constitué de matériaux biologiques et renforcé avec des fibres inspirées de la soie d’araignée, que le manufacturier présente à juste titre comme l’un des matériaux les plus robustes au monde, afin d’en faire un produit à la fois durable et biodégradable.

En outre, la bande de roulement du pneumatique serait soutenue par une structure légère et non pneumatique de forme haute et étroite : une construction fine mais solide qui permettra de réduire l’entretien du reCharge en supprimant le contrôle de pression et en évitant jusqu’aux crevaisons. Ce faisant, Goodyear rappelle, à l’instar d’un Michelin récemment primé pour son concept Uptis, que l’avenir du pneu se situe bien dans la capacité à ne plus crever ni se dégonfler. Les manufacturiers semblent donc déjà prêts, au moins mentalement, à se passer à l’avenir des volumes qu’ils écoulent à tour de bras en après-vente pour capitaliser sur la valeur de leurs solutions et leur durabilité.

Les réparateurs, eux, apprécieront sûrement moins cette perspective, eux pour qui le pneu est le premier motif d’entrée atelier et souvent générateur de ventes additionnelles…

Mais le pire n’est jamais certain. Reste à voir, cependant, quel sera le modèle économique de la roue de demain, qui semble en passe d’être réinventée.

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