Autodis Group et la Bourse : reculer, mais pour mieux sauter

Juste avant la trêve estivale, Stéphane Antiglio est revenu sur les raisons qui ont interrompu la procédure d’introduction en Bourse d’Autodis Group (Autodistribution). Le président du 4ème groupe de distribution européen en a profité pour rassurer sur les capacités intactes du groupe, pour rappeler que ce n’est que partie remise… Et pour tordre le cou à la tenace rumeur d’un bluff boursier.

Stéphane Antiglio, président d'Autodis Group (Autodistribution) : "Nous n'aurions jamais été aussi loin dans le process d'introduction si nous n'avions pas eu la ferme et sincère volonté d'aboutir".

Stéphane Antiglio, président d’Autodis Group (Autodistribution) : « Nous n’aurions jamais été aussi loin dans le process d’introduction en Bourse si nous n’avions pas eu la ferme et sincère volonté d’aboutir ».

A quelque chose, malheur est bon. Cette bonne vieille philosophie populaire, Stéphane Antiglio, le président d’Autodis Group, la tire volontiers de l’introduction en Bourse planifiée à la fin du précédent semestre et à laquelle l’entreprise a finalement renoncé sur le fil. Dans une réunion presse de fin juillet, le patron du 1er groupe de distribution français (et 4ème européen, maintenant que l’Allemand Stahlgruber est entré dans l’écurie de LKQ Europe), est revenu sur les raisons du revirement.

Le coupable ? Ce contexte économique incertain, pollué par les guerres commerciales transcontinentales et par les nationalismes galopants. Il a eu son inévitable corollaire : la classique frilosité d’investisseurs si perméables aux tensions et incertitudes. Lors d’une introduction en Bourse, «on se doit d’être justement valorisé», explique-t-il. Et le contexte ne s’y prêtait plus.

Reculer plutôt que de mal sauter

Est-ce aussi parce qu’Autodis Group n’a pas su séduire assez ? Possible évidemment, mais guère probable. Au vu du maigre bilan des introductions en Bourse du 1er semestre, Autodis Group a même eu plutôt raison de refuser l’obstacle. «Après mars dernier, un projet d’introduction sur deux est tombé», souligne Stéphane Antiglio. Fin juillet, notre confrère Les Echos chiffrait précisément le désastre. Il constatait ainsi que, sur les 6 premiers mois de l’année, «13 nouvelles sociétés ont levé 287 millions d’euros sur Euronext Paris (là où Autodis voulait s’introduire) quand il y a plus d’un an, le montant atteignait 1,7 milliard».

Certes, cette peau de chagrin boursière est aussi due à la pénurie de grosses introductions du 1er semestre 2018. Mais ici, l’œuf se confond avec la poule : des groupes comme Novares, puis Delachaux et enfin Autodis Group ont les uns après les autres renoncé à la Corbeille, après avoir constaté le même risque de voir leur projet boudé par des investisseurs trop craintifs. La prudence s’est donc imposée à Autodis Group qui n’a pas fait exception : le groupe a préféré reculer plutôt que de mal sauter, résume en substance Stéphane Antiglio.

Tordre le cou à la rumeur d’un bluff boursier

L’heure étant au bilan serein, le président en profite pour balayer d’un revers de phrase une tenace rumeur. Durant de longs mois en effet, le microcosme de la pièce a soupçonné un gros coup de bluff boursier destiné à faire surenchérir ou se révéler un ou plusieurs repreneurs hésitants…

En guise de démenti définitif, Stéphane Antiglio produit deux contre-arguments dont le premier est partagé par la plupart des observateurs financiers. «Nous n’aurions jamais été aussi loin dans le process d’introduction si nous n’avions pas eu la ferme et sincère volonté d’aboutir», souligne-t-il. Il n’a pas voulu chiffrer le coût global de la tentative interrompue à la veille de l’ultime “roadshow” destiné à séduire les principales places financières mondiales. Mais il a rappelé qu’une telle aventure n’est pas pécuniairement assez anodine pour s’offrir le luxe d’un tel coup de com’ (voir le budget théorique d’une entrée en Bourse dans «Autodis Group : son retrait boursier en 8 questions-clés»).

Quant à l’éventuelle ruse d’un Bain Capital mimant l’entrée en Bourse pour mieux susciter la contre-offre d’un  LKQ ou autre GPC, à quoi aurait servi une telle débauche d’énergie, de temps et d’argent ? Stéphane Antiglio rappelle que l’actionnaire d’Autodis Group pouvait retirer d’une bien plus simple revente le même gain qu’espéré sur le tapis boursier. Voire même plus : en ces temps bénis où les belles proies de la distribution de pièces se négocient 10 à 14 fois leur Ebitda(*), les 118 millions d’euros qu’affichait en la matière Autodis Group en 2017 pouvaient aisément rapporter 1,2 à 1,7 milliard d’euros à Bain Capital. Et l’Ebitda 2018 sera encore meilleur, annonce en passant Stéphane Antiglio…

Un investissement utile

Comprendre donc en creux que le couple Bain Capital/Autodis Group croit trop à son avenir commun pour en brader toutes les potentialités à un repreneur. D’autant que l’investissement boursier n’a pas été inutile. En termes d’image d’abord, puisque le président est heureux d’avoir pu ainsi évangéliser lesdits investisseurs à un secteur mal connu du “grand capital” (voir «Autodis Group en Bourse : l’argument-clé du marché porteur»). Concomitamment à ses efforts pour mieux se raconter et se faire connaître, l’entreprise a gagné en maturité et en visibilité, se félicite-t-il.

Et comme il martèle que l’entreprise n’a pas renoncé à Euronext, «ce travail préparatoire n’est pas perdu». Les audits, les avocats, les communicants et autres changements de procédures comptables qui ont émaillé les longs mois de préparation ont fait le plus dur, en conséquentes notes d’honoraires comme en (r)évolutions culturelles. Ce qui est fait ne sera pas à refaire.

Dernière satisfaction plus trivialement comptable : tous ces coûts sont de toute façon pris en compte après le résultat d’exploitation. Même pas mal…

Attendre le prochain tour

Qu’on se le dise donc, veut rappeler Stéphane Antiglio : maintenant dans le sens des attentes des marchés, Autodis Group reste aussi dans celui de la piste boursière qu’elle compte toujours emprunter. Du moins, si la météo conjoncturelle lui permet un nouvel envol à la hauteur de ses ambitions.

Quant à l’éventuelle frustration de l’actionnaire principal Bain Capital, pas d’inquiétude. Même si l’introduction en Bourse avait abouti, le fonds d’investissement souhaitait rester actionnaire de référence d’Autodis Group. C’est ensemble que la décision de surseoir a été prise. Et quand on s’appelle Bain Capital et que l’on pilote quotidiennement quelque 95 milliards de dollars au niveau mondial, on doit savoir passer un tour pour mieux rejouer le prochain…

Garder la trajectoire de la croissance externe

En attendant, Autodis Group garde son cap, rassure Stéphane Antiglio. Quelques jours après avoir renoncé à Euronext, l’entreprise a d’ailleurs levé 175 millions en obligations chargées de refinancer sa capacité d’endettement principalement tournée vers les acquisitions. Pas question en effet de quitter la trajectoire de la croissance externe qu’elle a tant mise en valeur pour séduire banques et investisseurs…

Après avoir rappelé les rachats qui ont émaillé les 6 premiers mois de l’année (la reprise de l’Italien G-Goup, du Néerlandais Geevers Auto Parts, ou même du réseau de vitrage français Glass Auto Service et ses 457 points de service), Stéphane Antiglio laisse d’ailleurs entendre que le festin va continuer…

 

(*)EBITDA: en anglais, “Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation, and Amortization”. C’est-à-dire «résultat avant soustraction des intérêts, impôts, dotations aux amortissements et provisions sur immobilisations».

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